Archéologie, Histoire de l'agriculture, de l'élevage, de l'alimentation, des paysages, de la nature. Sols, faunes et flores. Les sciences de la nature contre les pseudos-sciences, contre l'ignorance, contre les croyances, contre les prêcheurs de l’apocalypse.
5 Novembre 2024
Voici quelques jours que les journaux dit d’informations (informations MDR !) se sont lancés dans une nouvelle entreprise d’agribashing très sournoise, via le hérisson proclamé (entre les lignes) dernier martyr de la vilaine agro industrie.
Cela a commencé par un communiqué des guignols, euh pardon, des délégués de la COP 16, la Conférence mondiale de la biodiversité :
Le hérisson serait quasi en voie d’extinction ! Quand on voit à quelle vitesse certaines espèces que l’on avait cru éteintes pour toujours dans nos contrées (ours, loups, vautours, lynx…) peuvent revenir vite, je ne suis pas sûre qu’il faille vraiment se faire du mauvais sang.
De toutes façons il ne faut pas compter sur la COP 16 pour annoncer des bonnes nouvelles, c’est comme le GIEC, la catastrophisme est un métier et cela rapporte gros. Vous pouvez y faire toute votre carrière dans un organisme gouvernemental ou non gouvernement, grassement payé tout en voyageant tous frais payés, d’années en années, aux 4 coins de la planète.
Une seule condition : savoir faire peur avec le plus de talent et de conviction possibles.
Le hérisson, qui est un petit animal que j’apprécie beaucoup, ne va peut-être pas très bien dans de nombreux pays européens, mais de là à dire qu’il pourrait bien disparaitre, c’est pousser le bouchon un peu loin.
A la suite du communiqué des gui… euh re-pardon, des délégués de la COP 16, une certaine Mme RASMUSSEN, experte a été interrogée par l’AFP et est évoquée dans divers articles.
Entre ce qu’elle a dit effectivement à la presse et ce qu’elle n’a pas dit mais qui a été interprété par le journaliste interviewer, difficile de s’y retrouver car c’est bien confus.
Enfin, on retient 3 mots clés pour expliquer leur déclin : voitures, urbanisation, pesticides. Dans plusieurs journaux les molluscicidés ont été particulièrement pointés du doigt, les hérissons en meurent en masse parait-il ?
C’est là que j’ai tiqué, des anti limaces, j’en ai utilisé pendant des années en IDF dans mon vaste potager et j’y ai toujours eu des hérissons en parfaite santé (si on excepte les tiques dont les malheureux sont souvent infestés)
Quand aux prédateurs du hérisson, ils seraient absouts car le hérisson saurait se défendre. Si si puisqu’on nous l’explique !
Je ne connaissais pas Mme RASMUSSEN et j’ai cherché à en savoir plus sur elle. C’est comme cela que j’ai découvert le docteur Sophie Lund RASMUSSEN biologiste de très haut niveau et spécialiste des hérissons auxquels elle consacre toutes ses recherches
https://www.wildcru.org/members/dr-sophie-lund-rasmussen/
J’ai passé un petit moment sur ce qu’elle avait pu publier et franchement chapeau, cette dame fait un travail remarquable et si effectivement elle évoque régulièrement les dégâts causés sur le hérisson par la circulation automobile, par l’urbanisation et la perte d’habitat viable pour les hérissons, et si elle travaille également sur les nombreuses pathologies qui affectent la santé des hérissons, elle ne dit pas grand chose des pesticides si ce n’est que pour signaler que leur utilisation peut raréfier la nourriture disponible pour les hérissons, ce qui n’est pas absurde.
Bref, on comprend bien qu’un journaliste a brodé sur ce que Mme RASMUSSEN lui a réellement dit et que tous un magma de perroquets sans jugeote, s’intitulant « journaliste » se sont recopiés entre eux sans s’interroger le moins du monde, mais ça ce n’est pas neuf.
On trouve assez peu d’études sur la mortalité des hérissons en langue française, mais j’ai tout de même déniché une étude approfondie intéressante et surtout récente sur l’admission et la mortalité des hérissons dans un centre de soins vétérinaires, réalisé dans le cadre d’un doctorat.
On peut trouver la thèse intégrale ici : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04410639/file/2023lyon142.pdf
Les causes de mortalité des hérissons telles qu’on peut les connaitre via des études scientifiques sont particulièrement bien détaillés entre la page 36 et 45 et je vous invite à les lire avec attention car c’est vraiment intéressant.
Un tableau les résume succinctement :
Les morts dites naturelles sont bien détaillées, en premier lieu la prédation qui pèse d’un poids lourd sur la mortalité du hérisson. Premier en cause dans la liste de prédateurs, le blaireau ce qui n’est pas une surprise pour la « bouseuse » que je suis comme pour n’importe quel « bouseux » qui n’a besoin d’aucune étude pour le savoir.
Le blaireau, comme le renard d’ailleurs, maitrise à la perfection la technique consistant à retourner le hérisson pour l’attaquer côté face tendre. Le chien, à contrario, ne sait pas. Quid du loup et du lynx ? Je ne sais pas.
Quid également des sangliers dont la densité confine désormais au délire dans certaines régions. Un sanglier doit pouvoir sans difficulté défoncer l’accès d’un nid mal protégé et dévorer les jeunes, je ne pense pas que cela ait été étudié.
En second lieu des causes naturelles de mortalité : les maladies. C’est curieux lorsque l’on discute avec les gens comme cela peut les surprendre de découvrir que des animaux peuvent tomber malades « naturellement ». Les hérissons ont une vaste gamme de parasitoses internes ou externes en et sont affectés par de nombreuses infections virales ou bactériennes, c’est bien détaillé dans la thèse et vraiment intéressant.
Sans surprise, la dégradation de leur habitat et une cause majeure de la régression des hérissons notamment en zones périurbaines.
Les zones pavillonnaires d’il y a 50 ans ou 100 ans outre la diversité de leur construction qui en fait, encore aujourd’hui, un régal pour les yeux lorsqu’on s’y promène, étaient constituées de grands terrains à destination de potagers et vergers. On y trouvait des abris de jardin de bric et de broc et un gros tas de bois pour la cheminée ou le poêle. On n’y ramassait pas les feuilles mortes et on y entassait tous les débris végétaux dans un coin à compost et parfois les déjections également de la fosse sèche qu’on vidangeait tous les ans, la fosse sèche ayant précédé la fosse sceptique en de nombreux lieux. Pour un hérisson, c’était un paradis.
Les zones pavillonnaires contemporaines à la triste uniformité soviétique, sont fait de jardins confettis où on serre la piscine entre le trempoline et la terrasse et son barbecue où on mange à la belle saison en compagnie forcée des voisins, juste à quelques mètres à droite et à gauche et derrière. S’il reste un fragment en herbe, il est fanatiquement tondu ras chaque week end ou de plus en plus recouvert de pelouse synthétique, abjection suprême. Exit le hérisson.
Sans surprise, la cause première de mortalité des hérissons est la circulation routière. La vitesse des véhicules n’a pas d’influence sur le carnage, mais curieusement la largeur de la voie influe. Plus une voie est large, moins les hérissons s’aventurent à la traverser et donc y meurent. Donc contrairement à une pensée répandue, pour sauver les hérissons mieux vaut des autoroutes qu’une petite route communale !
Les hérissons présentent des traces d’intoxication mais la plupart ne sont pas du tout mortelles.
La 1ère cause d’intoxication sont les rotenticides qui ne sont en rien une exclusivité du monde agricole. On use et abuse des appâts empoisonnés dans toutes les zones pavillonnaires. Je me suis battue contre. Les pièges à rongeurs pourtant si efficaces et sélectifs car n’affectant que les rongeurs, n’ont pas la faveur du bobo rurbain qui veut tuer la souris ou le rat qui s’inviterait chez lui ,mais ne veut surtout rien en voir.
Au sujet des anti limaces, un paragraphe particulièrement intéressant, puisqu’au fond, c’est à partir de là que je me suis énervée :
Bref, on est assez loin de la soupe que nous ont servi une ribambelle de journaux. Mais rien de nouveau là dedans, si la presse se souciait de nous informer objectivement et sérieusement, cela se saurait.
Le catastrophisme n’est pas une nouveauté en soi. J’ai appris à la lecture de cette intéressante thèse qu’en 2016 un passionné des hérissons lançait une pétition « Sauvons les hérissons… » Disparition imminente, y a t-il une chance des les sauver se demandaient des journalistes ?
Pour conclure, si on veut éviter que les effectifs des hérissons continuent à plonger, il faut s’attaquer aux causes de leur déclin, les vraies pas les imaginaires.
Pour la circulation automobile, on ne peut pas faire grand chose, contre les blaireaux ou les renards (entre autres) si ! On peut les réguler par abattage et il n’y a pas que les hérissons qui s’en porteraient bien mieux, toute une petite faune aviaire retrouverait des espoirs de survie.
Rétablir des habitats appropriés aux hérissons en zone agricole et rurale, si tant est qu’ils aient réellement diminués, ne servira à strictement rien, si les prédateurs du hérisson n’y sont pas régulés.
Quand aux jardins des zones suburbaines que ceux qui glapissent contre l’agro-industrie et les vilains pesticides cessent de regarder le confettis qui constitue leur jardin comme une annexe de leur salon, se devant d’être aussi rutilante et dernier cri. Qu’ils renoncent à leur piscine ou à leur baignoire en pleine air, à leur terrasse dallée, à leurs jardins de cailloux soit disant Zen, planté au milieu, d’un Bouddha graisseux (le vrai était maigre !), à leurs allées bitumées et à leur pelouse artificielle, bref à tout ce que certains comiques et leur grand public trouvent si joli dans les shows immobiliers à la mode.