Archéologie, Histoire de l'agriculture, de l'élevage, de l'alimentation, des paysages, de la nature. Sols, faunes et flores. Les sciences de la nature contre les pseudos-sciences, contre l'ignorance, contre les croyances, contre les prêcheurs de l’apocalypse.
11 Décembre 2023
A droite, BENHAIM Max : Calcul CM2 1968 A gauche, Méthode de Singapour : extraits du manuel en ligne de CM2 proposé par la librairie des Ecoles.
Je m’occupe peu d’actualités depuis de longs mois parce que le seul fait de regarder les titres me déprime.
A de rares exceptions (1°), la presse grand public oscille entre mensonges éhontés sur de nombreux sujets et affligeante bêtise sur presque tous les sujets. Alors quand je ne suis pas occupée à travailler dehors, je me concentre sur mes travaux de recherches historiques.
Les gens des siècles passés avec lesquels je passe beaucoup de mon temps ne rêvaient pas comme les crétins de 2023 du « bon vieux temps » ou de « décroissance » mais espéraient de toutes leurs forces l’avénement d’un monde meilleur et prospère où ils mangeraient tous les jours à leur faim, où ils auraient de quoi se vêtir et se chauffer, où ils verraient grandir leurs enfants au lieu de les enterrer les uns après les autres.
Je ne pense pas qu’ils rêvaient de loisirs et vacances car cela ne pouvaient même pas leur venir à l’esprit.
Le vieux sens de loisir est « avoir le choix ou la permission » du latin licere « être permis » quand au premier sens de vacance c’est « lieu ou poste vide ou inoccupé ». Et les vacances données aux élèves l’ont été jusqu’au mi XXème pour dégager une masse de main d’œuvre estivale pour aider aux travaux de récolte dans les champs.
Même en m’occupant peu d’actualités, les titres ronflants et répétitifs sur l’adoption de la méthode de Singapour dans nos écoles pour tenter d’enrayer le niveau déclinant en maths des élèves des écoles françaises ne m’a pas échappé et ont fini par me taper sur le système.
Méthode de Singapour ! ce n’est pas la première fois que notre presse misérable de médiocrité nous abreuve d’articles au sujet de cette méthode miracle dans l’histoire de laquelle pas un journaliste ne semble avoir fichu le bout de son nez.
Les journalistes ont-ils tous moins de 60 ans et aucun d’entre eux ne s’est jamais donné la peine d’ouvrir un vieux livre scolaire de calcul dans une brocante ?
Nos politiques, dont certains ont largement plus de 60 ans, sont-ils à ce point frappés d’amnésie, quand à leur scolarité primaire, et y a-t-il une épidémie galopante d’Alzheimer dans la vieille classe politique française ?
Non, non et non.
Arrêtons de parler de la méthode de Singapour, cette terminologie est une hérésie complète.
Revenons aux sources.
Singapour, pays de l’archipel malaisien a cessé d’être véritablement indépendant à la fin du XVIIème siècle date à laquelle la VOC (Vereenigde Oost-Indische Compagnie = Compagnie néerlandaise des Indes Orientales) non pas un pays mais une des plus puissantes entreprises commerciales de tout les temps prend le contrôle, tout au moins commercial, d’une vaste région dont, ce qui est devenu Singapour, faisait partie. Les néerlandais n’étaient pas les premiers européens à s’installer à Singapour avant eux il y avait eu les Portugais.
L’empire Britannique a profité des guerres napoléoniennes et de la dissolution de la VOC pour remplacer les néerlandais et excepté la conquête et domination japonaise pendant le 2de guerre mondiale, le pays est resté sous contrôle Britannique jusqu’en 1959.
On remarque sous le cachet de la poste de Singapour, un timbre d’Edouard VII né en 1841 qui fut de 1901 à 1910 roi du Royaume Uni, des dominions britanniques et de l’Empire britannique des Indes
Tout le monde sait quelle puissance économique est aujourd’hui Singapour et quel niveau de développement a atteint ce pays. Il est plaisant de voir d’anciens colonisés réussir si brillamment et ne pas exiger de leurs anciens colonisateurs une myriade de pardons et des milliards de dollars annuels d’aides en tout genre. Je dis ça, je ne dis rien…
Après l’indépendance, l’anglais est resté à la fois la langue officielle principale de Singapour mais est aussi la langue la plus pratiquée et la langue principale d’enseignement dans un pays où on parle également plusieurs langues chinoises, ainsi que la malais, langue « ancienne » du pays.
Il n’est donc pas étonnant que jusque dans les années 1980, les manuels scolaires Singapouriens aient continué, comme par le passé, à provenir de différents pays anglo-saxon, ce qui incluaient des traductions anglaises de manuels d’autres pays européens.
Dans les années 1980, le gouvernement Singapourien a décidé de créer ses propres manuels éducatifs avec des programmes conçus à Singapour et les meilleurs spécialistes de l’enseignement de l’Etat de Singapour planchèrent sur leur contenu.
S’agissant des mathématiques, ils s’intéressèrent à tout ce qui avait pu fonctionner en matière de pédagogie des mathématiques pendant les décennies précédentes dans les pays Occidentaux comme Asiatiques et ils en retinrent ce qu’ils considéraient le mieux. On remarquera qu’ils ne se sont pas attardés sur ce qu’on appelait les maths modernes et qui étaient alors la norme dans la quasi totalité des pays occidentaux. Ils ont regardé et retenu ce qu’on avait fait « avant » les maths modernes !
J’ignore jusqu’à quel point les Singapouriens ont pu être influencé par des méthodes d’enseignement des mathématiques ayant eu cours dans des pays asiatiques, mes connaissances en ce domaine ne dépassent pas une initiation au boulier japonais (formidable).
Mais ce qui est certain, c’est que la première fois que j’ai feuilleté un manuel français se réclamant de la méthode de Singapour, il y a 4-5 ans environ, j’ai pouffé de rire, cela ressemblait à mes BENHAÏM de l’école primaire, juste modernisés.
Soyons clairs, je ne pense pas réellement que la méthode de Singapour soit française et que les Singapouriens aient copié spécifiquement en les modernisant les manuels des pédagogues français traditionnels des 2 premiers tiers du XXème siècle.
Mais jusqu’à la fin des années 1960, les méthodes d’enseignement des mathématiques étaient sensiblement similaires dans tous les pays occidentaux et il est vraisemblable que les Singapouriens aient fait une sorte de synthèse des meilleurs manuels.
Ils se sont ensuite visiblement bornés à faire des mises en page au goût du jour et à réactualiser les exercices proposés.
Ce qui est assez comique, c’est que les Singapouriens n’ont jamais appelé leur méthode d’enseignement des mathématiques, « Méthode de Singapour ». La méthode a été découverte à partir des années 2000-2010 par des expat américains qui avaient leurs enfants scolarisés à Singapour. Enthousiasmés, les expat l’ont ramené aux USA et l’ont fait connaitre en l’appelant « Méthode de Singapour » et les maisons d’édition américaine qui ont fait des imitations de ces manuels ont gardé cette appellation qui était un argument de vente.
J’ai connu les mathématiques dites modernes, mais je n’en suis qu’une demie victime, j’ai eu vraiment beaucoup de chance.
Née au tout début des années 1960, j’ai eu, du CP au CM 2, une scolarité normale dans une matière qu’on appelait alors non pas les mathématiques mais tout simplement le calcul ou de façon plus sophistiquée l’arithmétique et la géométrie. L’algèbre c’était quand on arrivait au lycée !
En haut, Méthode de Singapour : extraits du manuel en ligne de CP proposé par la librairie des Ecoles. En bas, BRACHET François : Initiation progressive au calcul CP 1953
J’ai appris à compter avec des images de lapins de poules ou de voitures et la maitresse alignait des jetons aimantés sur un tableau. Elle nous distribuait des buchettes à usage individuel . Chaque élève recevait son lot. Et on faisait nos premières additions et soustractions avec ces buchettes alignées sur notre table.
Plus tard, ce fut les divisions et les multiplications pas brutalement mais progressivement, presque naturellement.
Et pour multiplier on était vite, bien que petit, déjà costaud.
Il y a une bonne raison à cela, dans les années 60 à l’école primaire, on « chantait » tous les matins sans exception les tables de multiplication, en général juste après la leçon de morale qui commençait la journée. C’est très bien la morale : ne pas voler, ne pas mentir, aider les plus faibles, travailler honnêtement, être à l’heure, être poli avec tous, respecter les autres……….. Mais en 1968, la matière fut bannie. La morale, c’était mal !
Je dis « chanter » les tables de multiplication car toute la classe récitait en chœur avec des intonations comme si on chantait une chanson dont les paroles auraient été « 7X4,28 8X4,32, 9X4,36………… » On ne chantait au début que les petites tables comme la table du 2 ou du 3, puis on progressait au début en s’aidant des grandes affiches scolaires ou les tables s’affichaient en belles couleurs, puis les affiches disparaissaient.
On ne chantait pas la table de 10 ni celle de 11 pour des raisons évidentes (enfin évidentes pour des enfants sachant compter) mai j’ai chanté la table de multiplication par 12 dont je me souviens toujours. Pourquoi 12 ? peut-être parce qu’on comptait alors encore ici et là en douzaines dans la vie quotidienne.
On avait à un autre moment le cours de calcul de la journée et il y avait un cours de calcul tous les jours, suivi d’une série d’exercices, plus un ou deux exercices à faire le soir pour le lendemain.
Au cours de la journée, souvent en milieu de la matinée, entre 2 cours, on sortait les ardoises et la craie et au chant choral des tables de multiplication et au cours de calcul, se rajoutaient les 10 mn quotidienne de calcul mental.
L’institutrice posait verbalement des additions ou des soustractions souvent de plusieurs chiffres en cours moyen, parfois des divisions ou des multiplications par des dizaines, et on devait écrire la réponse sur notre ardoise en quelques secondes seulement.
Bref, on faisait du calcul et beaucoup de calcul et le tout dans une ambiance studieuse et disciplinée, et si on était bon, ce n’était pas uniquement parce que nos enseignements et nos manuels étaient bons.
J’aimais le calcul. Les prix du panier de courses, les trains qui se croisent, les baquets qu’on remplit, les terrains à clôturer, j’ A DO RAIS.
Mais je n’étais pas la seule, compter quelque chose était alors largement un jeu par lequel les enfants que nous étions se projetaient aisément dans le monde des adultes et tout les jeux d’enfants sont d’abord des imitations du monde des adultes.
En haut, BRACHET François : Initiation progressive au calcul CP 1953 En bas, Méthode de Singapour : extraits du manuel en ligne de CP proposé par la librairie des Ecoles.
Et puis je suis entrée en 6ème. Pour la petite histoire, une 6ème type I.
Tout début des années 1970, les classes de collège sont divisées en niveau ce que tout le monde a visiblement oublié aujourd’hui au même titre que nos anciennes méthodes pédagogiques françaises.
Les meilleurs élèves de CM2 intégraient une 6ème de type I, les élèves moyens une 6ème de type II, les élèves en retard une 6ème de type III. Chaque élève recevait ainsi dans sa classe un enseignement adapté à son niveau.
A la fin de la 6ème, ceux qui étaient en type I mais avaient des difficultés pouvaient intégrer une 5ème de type II plutôt que redoubler. Ceux qui se s’étaient montrés excellents en 6ème de type II étaient dirigés en 5ème de type I et ainsi de suite.
Même si être en type III vous destinait plus probablement à une filière professionnelle, vous pouviez revenir d’une 6ème de type III, en 5ème de type II puis en 4ème de type I. Ce fut la trajectoire d’un de mes amis qui passa son bac avant de devenir moniteur d’auto école puis patron d’une petite chaine de plusieurs auto-écoles, une vraie succès story.
C’est la réforme Haby, du nom du ministre de l’Education Nationale de l’époque, qui, à la rentrée 1975 abolit les classes de niveau pour ce qu’on appelle alors la réforme du « Collège unique » : tous les élèves de la 6ème à la 3ème devaient être mêlés dans les mêmes classes de façon aléatoire sans que leur niveau ne les distinguent.
Les classes de niveau du passé étaient définies comme discriminatoire et humiliantes pour les élèves les plus faibles et définitivement bannies.
Je ne sais pas si c’était discriminatoire et humiliant pour les élèves les plus faibles, ce qui est certain c’est que grâce au collège unique, les plus faibles sont non seulement restés définitivement les plus faibles sans espoir d’ascension mais ils ont dégringolé encore plus bas faute d’un enseignement adapté leur permettant de rattraper leur retard ou tout au moins d’acquérir un minimum de connaissances indispensables.
Les bons élèves et les élèves moyens ont été tiré vers le bas, sauf ceux que leurs parents ont « évacué » dans le privé, ou ceux dont les parents ont déménagé pour offrir à leurs enfants de « bonnes écoles ».
M. Gabriel Attal nous parle de classes de niveaux désormais. C’est certes une bonne idée mais elle n’a absolument rien de neuf. Là aussi amnésie complète de la presse et de nos politiciens suffisamment âgés pour avoir connu les classes de niveau.
Revenons aux mathématiques :
C’est en 6ème que j’ai pris dans la figure ces mathématiques qu’on appelait « modernes », c’était le début de leur enseignement en 6ème.
Ceux plus jeunes que moi ont eu moins de chance ils ont pris les mathématiques modernes dans le figure dès le cours préparatoire dans les années qui ont suivi. Les petits malheureux qui n’avaient pas à côté papa-maman pour les aider à apprendre à compter, n’ont sans doute jamais appris à compter correctement.
Comme la majorité de mes petits camarades, je n’ai jamais rien compris à ce verbiage totalement débile et j’ai décroché notamment en 6ème où on a eu droit aux ensembles avec des flèches en tout sens et des mots dans le sens m’échappe encore aujourd’hui, bijection, surjection, injection (là je comprends le mot du moins en mécanique !).
En 6ème, on a également appris à compter dans d’autres bases numériques, on a passé plusieurs cours à apprendre à compter, additionner et soustraire en base 2, c’est à dire dans un système numérique où n’existe que les chiffres 0 et 1. A nos interrogations sur ce à quoi pouvait servir ces calculs, notre professeur de mathématiques nous a parlé d’ordinateurs ce qui nous laissait perplexes.
Il faut bien comprendre qu’en 1971-72, ordinateur est un mot qu’on ne connait que parce qu’on vit dans une famille qui a suivi la conquête de l’espace et entendu parler de grosses machines à calculer de la NASA, de la taille d’un salon cathédrale, ou à défaut parce qu’on a vu des films de science fiction.
J’ai eu un cours sur 1+1=2 du moins dans la mesure où la base de calcul était supérieure à 2. A 11 ans environ, ça marque durablement parce que votre raison d’enfant en prend un coup.
Je me souviens également au collège, je ne sais plus en quelle année de manière confuse d’un très long cours (une heure ?) où le professeur nous a expliqué ce qu’était une ligne droite constituée d’une infinité de points alignés et toutes les différences avec une ligne courbe. Je m’en souviens car on était plusieurs gosses à ricaner sous cape en ce demandant si le prof était bien dans sa tête et cela a fini en chahut et en ce temps, les chahuts étaient rares d’où le souvenir.
En 5 et 4ème, j’ai vomi la géométrie et l’axiome de Thalès (novlangue oblige on ne disait alors plus théorème) me fut un supplice qui n’en finissait pas. Je n’ai même pas compris que Thalès était un homme qui avait vécu il y a 2500 ans en Grèce et en Egypte. Je l’ai découvert longtemps après.
J’ai retrouvé cette définition de l’Axiome de Thalès dans le manuel de mathématiques de 4ème de la collection Queysanne – Revuz (Nathan 1974), une collection qui a laissé de sinistres souvenirs à bien des collégiens de mon temps :
"Pour 3 droites quelconques, D, D’, D’’ de ce plan telles que la 3ème ait une direction distincte des deux premières, si p désigne la projection sur D’ parallèlement à D’’. Pour toute graduation g de D (A,B) étant le repère de cette graduation :
L’abscisse dans la graduation d’un point quelconque de D est égale à l’abscisse de sa projection p(M) dans la graduation g’ de repère (p(A), p(B))."
C’est simple, presque 50 ans plus tard et avec un plutôt bon niveau en mathématiques, je ne comprends toujours rien à ce charabia !
Tous ces charabias et tous ces apprentissages fumeux, genre ensembles et bijection, compter en base 2, n’avaient aucun importance mathématiquement parlant puisque je m’en suis parfaitement passée dans les 50 ans qui ont suivi pour calculer aussi bien le coût de plusieurs crédits immobiliers, le financement de travaux et que le débit de mon système d’irrigation de verger.
Comme la plupart de mes petits camarades, je suis tout de même parvenue à apprendre un minimum de formules par coeur, sans avoir la moindre idée de ce qu’elles pouvaient signifier puisqu’au collège et lycée tout était enseigné en totale déconnexion avec le monde réel.
Je me bornais à exécuter mécaniquement des opérations telles qu’elles étaient inculquées. C’était un peu comme au catéchisme quand l’idée de Dieu vous est totalement étrangère et qu’on vous fait apprendre une prière et qu’on fini par l’apprendre et la réciter patiemment pour qu’on vous fiche la paix.
Je pensais d’ailleurs (nous pensions tous !) que toutes ces formules mathématiques étaient des inventions dépourvues de sens ayant pour seul but de nous sélectionner sur notre capacité à apprendre par coeur. Cela m’a permit d’avoir mon BEPC, qui à l’époque était intégralement un véritable examen stressant et non pour moitié le résultat du contrôle continu annuel.
Mais malheureusement, la passionnée de sciences naturelles que j’étais, d’un niveau trop passable en mathématiques, s’est vu barrer l’accès à une filière scientifique et j’ai fait un BAC littéraire, moi qui n’aimait pas la littérature et vomissait la philosophie par les trous de nez.
Je ne prétends pas que la philosophie soit une matière à bannir mais quand vous êtes à titre personnel, depuis votre enfance, passionnée de sciences et plongée régulièrement dans des revues de sciences et qu’en philosophie, on vous propose pour réfléchir sur la conscience, la nature ou le langage, les écrit d’auteurs totalement dépassés sur le plan scientifique et au mieux depuis 50 ou 100 ans au pire depuis quelques millénaires, autant vous demander de rédiger des devoirs d’archéologie à partir de la lecture de la Bible.
J’ai donc fini en fac d’histoire et non en fac de biologie et soyons honnête j’ai adoré mes études d’histoire que j’ai eu la chance d’effectuer à une époque où le wokisme et la cancel culture n’avaient pas envahit les universités.
Je suis revenue aux mathématiques en autodidacte d’abord par des manuels anciens de collège et lycée où j’ai découvert avec surprise que certaines formules que j’avais apprise par coeur en mathématiques modernes avaient finalement de multiples applications très concrètes.
Pire j’ai appris que l’abracadabrant axiome de Thalès redevenu depuis le théorème de Thalès était bête comme chou tellement il est simple.
Théorème de Thalès avant les maths modernes : « Des droites parallèles découpent sur deux sécantes des segments proportionnels ».
Exemple basique de cette courte définition : Vous voulez mesurer aisément la hauteur d’un arbre. Il suffit par une belle journée avec du soleil projetant de l’ombre de se tenir debout à côté de l’arbre, votre ombre en parallèle de celle de l’arbre. Vous mesurez l’ombre portée de votre silhouette et vous faites le ratio avec votre propre hauteur. Il suffit d’appliquer le ratio obtenu à la mesure de l’ombre portée de l’arbre et vous saurez immédiatement quelle est la hauteur de l’arbre.
Il parait que c’est sur ce principe que Thalès a mesuré en Egypte la hauteur de la pyramide de Khéops. De nombreux sites de mathématiques l'expliquent très bien.
Comment en est-on arrivé aux maths modernes ?
Fin des années 1950, début des années 1960, un groupe de mathématiciens américains et européens peut-être brillants mais indéniablement illuminés qui avait sans doute passablement fumé la moquette ont estimé qu’en révolutionnant l’enseignement des mathématiques, ils amélioreraient le niveau mathématique de l’ensemble des élèves.
Cette révolution de l’enseignement passait par une réécriture des manuels de mathématiques dans un langage ésotérique et fumeux.
Il ne faut pas s’imaginer que ce fut une crise mentale spécifique à un groupe de mathématiciens, ces délires linguistiques ésotériques sont largement l’expression de différents courants d’idées ou plutôt de différents courants de non-idées parmi lesquels, le structuralisme ou le post modernisme.
Pour en avoir une idée de ces années de délire (non achevées), le mieux est de lire « Impostures intellectuelles » d’Alan Sokal et Alain Bricmont qui fait suite à l’affaire Sokal. En 1996, un brillant scientifique du nom d’Alan Sokal avait publié dans une revue de sciences sociales dans un langage volontairement pompeux et incompréhensible à un esprit rationnel, un article totalement bidon et fantaisiste qui avait passé tous les filtres : « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique » L’intelligentsia (enfin l’élite des crétins de leur temps dans divers pays décadents dont le nôtre) avait accueilli cet article avec un enthousiasme complet.
En mathématiques modernes, si des concessions au concret pour apprendre à compter restaient largement faites dans les classes primaires, les programmes étaient néanmoins sérieusement endommagés et amputés par le temps passé par de longues heures d'initiation au néant intersidéral.
Cependant, à partir du collège les instructions pédagogiques prévoyaient que les formules enseignées devaient être démontrés dans l’abstraction la plus pure sans aucun rapport avec le réel.
Tout exercice mathématique à caractère concret était banni, il ne devait plus être question de calculer le coût d’un panier de courses ou la superficie d’un terrain ou la vitesse à laquelle se remplissait une baignoire ou ce que rapporterait un livret d’épargne selon son taux ou la façon la plus économique de clore un pré.
J’ai un faible pour un exercice de clôture de pré, car il y a bien des années, j’ai montré, avec un tel exercice, à un jeune lycéen, fils d’éleveurs, qui décrochait en maths, à quoi pouvait servir les dérivés qu’on lui faisait apprendre par coeur sans explication. Ce déclic lui a permis de continuer et il a remarquablement réussi.
Revenons aux maths modernes, selon les illuminés qui les ont imposé, changer le mode d’enseignement des mathématiques permettrait non seulement de mieux développer le cerveau des enfants mais également de faire disparaitre « l’avantage des classes aisées ».
Ces illuminés étaient également très largement des crypto-marxistes comme les écologistes d’aujourd’hui.
Et ils pensaient que les parents des classes aisées pouvaient aider leurs enfants en mathématiques et que cela conférait un avantage injuste à ces enfants favorisés. En changeant radicalement l’enseignement des mathématiques, les parents aisés, perdus devant le contenu des nouveaux programmes, ne pourraient plus aider leurs enfants et tous les enfants se retrouveraient au même niveau, ce qui était vu comme juste et égalitaire.
Une révolution un peu similaire mais moins grave dans son ampleur, a frappé la grammaire française à partir des années 1990 en instaurant une grammaire nouvelle dont la nouveauté principale était surtout une méga-crise de novlangue à tel point qu’ont rapidement été mis en place des tableaux d’équivalence entre la terminologie de la grammaire nouvelle et la terminologie de la grammaire traditionnelle.
Pour les mathématiques, ce fut une tragédie qui frappa tout ceux de ma génération et les générations plus jeunes.
La question n’est pas anodine, car dans les années 1970 être mauvais ou juste passable en mathématiques impliquait, si on restait en lycée général, être dirigé vers une filière littéraire ou une filière économique.
Dans ces filières, on faisait certes encore plus ou moins de mathématiques, mais à partir de la 2de, on ne faisaient plus jamais de sciences naturelles, et on terminait sa scolarité pratiquement sans notion de chimie ou de physique, puisqu’à l’époque on en faisait pas au collège.
Est ce pour cela que tant de gens de ma génération, les soixantenaires et les générations plus jeunes sont aussi ignares en « vraies » sciences et si prompt à adhérer à n’importe quel charlatanisme ?
Le plus curieux est que cette réforme de l’enseignement des mathématiques est intervenue à une époque où le niveau des petits français était plutôt bon en mathématiques et il n’y avait aucune justification à cette réforme.
Pour avoir une idée des manuels d’école primaire dans les décennies 1970 à 1990.
Au CP en 1977 https://manuelsanciens.blogspot.com/2015/03/eiller-math-et-calcul-cp-1977.html
A partir des années 1990, on a entamé une marche en arrière en pédagogie des mathématiques car les résultats étaient catastrophiques. On avait découvert au cours de la décennie 80 que des enfants de cours élémentaire et moyen étaient en grande majorité capables de répondre à des questions mathématiques absurdes du style : donner l’âge d’une bergère grâce au nombre de ses moutons et chèvres (cité par Stella Baruk « L’âge du capitaine »). Les enfants avaient majoritairement cessé de comprendre ce qu’ils comptaient.
On est malheureusement pas revenu à la pédagogie d’avant les maths modernes et l’enseignement abstrait a laissé des traces profondes dans les manuels.
Pourtant avant le temps funeste des mathématiques modernes, les bons pédagogues, auteurs d’excellents manuels, n’avaient pas manqué. On peut même dire qu’on a que l’embarras du choix.
J’ai choisi de vous en faire connaitre deux qui enseignaient sans aucun doute ce qu’on appellerait aujourd’hui la méthode de Singapour, mais qui en ce temps était simplement la méthode française de l’enseignement de l’arithmétique, de l’algèbre et de la géométrie.
Le choix de ces deux auteurs de manuels et méthodes pédagogiques est tout à fait partial de ma part.
Etant enfant, j’ai croisé quelques fois le premier, François BRACHET. Une de mes grands mères le connaissait bien. Et au lycée, comme tous les gens de ma génération, d’avant l’informatique et des calculatrices scientifiques, j’ai utilisé ses tables de logarithmes et ses tables de trigonométrie.
S’agissant du second, Max BENHAÏM, j’ai eu le privilège d’avoir ses manuels attractifs et distrayants au cours moyen. On avait envie de faire tous les exercices et de prendre de l’avance tellement feuilleter ces manuels était plaisant.
François BRACHET était un ancien élève de normale sup, agrégé de mathématiques et un brillant mathématicien. Né à Lyon en 1884 mais bourguignon d’origine, il a fait une grande partie de sa carrière dans ce qu’on appelait alors les colonies en particulier en Indochine (actuel Vietnam). Il avait une grande admiration pour les asiatiques et leurs civilisations très brillantes et il pensait que nous ne dominions l’Indochine que par un accident de l’histoire.
Entre 1921 et 1974, il a écrit une centaine d’ouvrages destinés à l’enseignement de tous les domaines des mathématiques du CP à la Terminale et aux classes préparatoires aux Grandes Ecoles, beaucoup en collaboration avec Jean Auguste DUMARQUÉ, un autre agrégé de mathématiques également auteur d’une série de manuels de calcul à l’usage des écoles primaires. François BRACHET est décédé à Nolay en Côte d’Or en 1983 à 99 ans.
En haut, Méthode de Singapour : extraits du manuel en ligne de CP proposé par la librairie des Ecoles. En bas, BRACHET François : Initiation progressive au calcul CP 1953
Max BENHAÏM est né en Algérie en 1930. Ce n’était pas un mathématicien de haut niveau mais un instituteur.
Devenu inspecteur de l’Education Nationale, il avait été sollicité à ce titre pour former en quelques stages plusieurs groupes de tout jeunes instituteurs à l’enseignement du calcul. C’est à cette occasion qu’il commença à rédiger sa série de manuels de « calcul » pour les différentes classes de l’enseignement primaire.
Il termina les manuels de CM après son retour en France. Il ne semble pas qu’il ait rédigé quoi que ce soit après 1968.
Il est vrai qu’à partir de la rentrée 1971, les affreuses maths modernes entamaient leur ravages dans les classes primaires et le ravage s’étendrait progressivement jusqu’à la maternelle. Exit les merveilleux manuels de calcul si attrayants du passé, ceux de BENHAÏM, ceux de BRACHET et tous les autres !
Après avoir vécu dans les Vosges et à Mantes la Jolie, Max BENHAIM est vraisemblablement décédé dans le sud de la France en 2014 (2°).
Max BENHAÏM a été redécouvert par un collectif d’enseignants qui en 2013 a publié un livre intitulé « La bonne méthode de calcul ».
Le livre s’inspire de ce que les rédacteurs ont appelé, à juste titre, la « méthode BENHAÏM » et est destiné à tous les parents qui veulent aider leurs enfants entrant au cours préparatoire et en CE1. Il a rencontré un joli succès mérité et 2013, c’était quelques années avant qu’on commence à parler de la méthode de Singapour !
Bravo à ces pédagogues qui ont su redécouvrir un trésor de notre patrimoine.
En haut, Méthode de Singapour : extraits du manuel en ligne de CM2 proposé par la librairie des Ecoles. En bas, BENHAIM Max : Calcul CM2 1968
François BRACHET et Max BENHAÏM professaient tous les deux que l’enseignement des mathématiques notamment dans l’enfance et l’adolescence devait être fondé sur le concret.
Apprendre à compter passait par la manipulation de billes et de jetons et l’usage du boulier était préconisé. Calculer pour eux, comme pour les pédagogues qui les avaient précédé, c’était fondamentalement compter et mesurer le monde qui nous entoure pour le comprendre et le maîtriser.
Le langage mathématique devait être simple et clair et le passage à l’abstraction n’était envisageable que lorsque l’utilité d’une formule et son fonctionnement était parfaitement appréhendé et le langage mathématique parfaitement compris.
S’agissant des enfants et des jeunes adolescents les exercices se devaient d’avoir du sens et être le reflet de la vie quotidienne et du monde du travail, et des exercices à caractère abstrait n’étaient envisagés qu’à partir du milieu de l’adolescence, très progressivement et à condition que toutes les notions mathématiques de base soient parfaitement assimilées.
Il existe un très bon blog pour redécouvrir des livres de classe du passé : https://manuelsanciens.blogspot.com/
Vous pourrez y feuilleter à loisir les anciens ouvrages de François BRACHET et de Max BENHAÏM, ainsi que ceux d’autres pédagogues de leur temps ou les ayant précédé que ce soit en mathématiques ou dans d’autres disciplines.
BRACHET CP : https://manuelsanciens.blogspot.com/2014/04/brachet-breant-mes-premiers-comptes-de_30.html
BRACHET Collège 5ème : https://manuelsanciens.blogspot.com/2016/07/brachet-dumarque-arithmetique-algebre_29.html
BRACHET Géométrie 4ème et 3ème : https://manuelsanciens.blogspot.com/2019/11/brachet-dumarque-elements-de-geometrie_11.html
BENHAÏM CM1 : https://manuelsanciens.blogspot.com/2013/01/benhaim-nadaud-calcul-jour-apres-jour_6728.html
BENHAÏM CM2 : https://manuelsanciens.blogspot.com/2013/01/benhaim-nadaud-calcul-jour-apres-jour.html
Après avoir feuilleté ces manuels, regardez sur le net ou en librairie des ouvrages d’enseignement des mathématiques placardés « Méthode de Singapour », vous comprendrez que parler de méthode de Singapour est une véritable trahison de notre propre histoire de l’enseignement des mathématiques.
Dites « Méthodes anciennes d’enseignement des mathématiques » mais ne dites plus « Méthode de Singapour ».
Pour conclure, voilà ce qu’écrivait Pierre LEYSSENNE (1825-1916), professeur de mathématiques puis inspecteur général de l’Instruction Publique en préface de son manuel de préparation au certificat d’études en 1875.
Le manuel s’intitule la 2ème année d’arithmétique car à l’issue des 2 années de Cours Moyen suivaient 2 années de Cours Supérieur pour ceux qui passaient le certificat d’études. C’est donc un manuel de 2ème année de CS pour ceux qui vont passer leur certificat d’études.
Notes :
(1°) Emmanuel Ducros, Géraldine Woessner, Mac Lesggy, entre quelques autres, qui mènent un courageux combat contre les lobby écolo et bio qui menacent une agriculture et un élevage qui nous nourrissent sainement, avec une extraodinaire diversité et à pas cher, font partie des journalistes qui font un véritable travail de recherches et d’investigations.
Ils font partie d’une poignée de journalistes qui ont toute mon admiration tant pour la qualité de leur articles ou émissions que pour leur courage à combattre menteurs et falsificateurs spécialistes de l’agribashing, lesquels les trainent régulièrement en justice et les diffament par tous les moyens médiatiques gracieusement offerts par une presse majoritairement acquise à la gauche et à l’extrême gauche, faux écolos, mais vrais marxistes qui veulent détruire nos sociétés prospères et pour qui tous les coups sont permis. Voir la dernière attaque de Libération contre Mac Lesggy https://seppi.over-blog.com/2023/12/l-offensive-de-liberation-contre-mac-lesggy-par-alexandre-baumann.html
(2°) On trouve un acte de décès à Draguignan en 2014 au nom de Max BENHAÏM. Le prénom est peu courant, l’âge et la naissance en Algérie correspondent mais ne permettent pas d’affirmer formellement qu’il s’agit de lui.