Archéologie, Histoire de l'agriculture, de l'élevage, de l'alimentation, des paysages, de la nature. Sols, faunes et flores. Les sciences de la nature contre les pseudos-sciences, contre l'ignorance, contre les croyances, contre les prêcheurs de l’apocalypse.
19 Mai 2023
Je me suis récemment insurgée comme les affirmations sans fondement d’une pseudo-étude sur les diminutions et disparitions d’oiseaux en France, pseudo étude largement relayée sans discernement par les médias grand public, mais plus gravement par les médias agricoles, dont les journalistes que l'on pourrait penser « spécialisés » ne semblent pas être davantage capables de se poser des questions ou d’analyser une étude.
Mes recherches m’ont conduit vers la LPO, Ligue de Protection des Oiseaux, que je ne connaissais que de nom.
Plus de 60 ans au contact de la faune et de la flore et une éducation datant du temps où on avait des livres, des encyclopédies et des agriculteurs, éleveurs, chasseurs, pêcheurs, et autres « coureurs » des plaines et des bois comme éducateurs, font que ce genre de site ne m’avait jamais intéressé .
J’ai déroulé les actualités de LPO
Allez voir là https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/toutes-nos-actualites?Structure_LPO=LPO+France&page=1,
Cela vaut la promenade…
Le 1er article c’est ceci, et n'a rien d’étonnant, quand on déroule les articles, on voit que la LPO aime bien l’agribashing et ne recule devant aucune affirmation quelque soit son degré de validité scientifique.
Mais rapidement, la question des accusations contre le monde agricole m’a indifféré complètement, j’avais sous les yeux infiniment plus grave, les actualités d’une association qui non seulement défend bec et ongles tout un magma de nuisibles, ravageurs des oiseaux, mais en fait une propagande effrénée.
Je suis restée pétrifiée, tellement pétrifiée qu’il m’a fallu plus de 48h pour encaisser ce que j’avais lu.
Quelques extraits ci dessous :
Blaireau, un mustélidé, certes plus omnivore que carnivore, mais tout de même ravageur incontestable des oeufs et oisillons des nids au sol (quand il en reste…)
Une succession d’extraordinaires apologies du renard sur un site de défenseurs des oiseaux, ce qui est proprement stupéfiant.
Au delà de ce qu’on peut imputer au renard, grand massacreur de gibier à plumes, le 3ème article vaut le jus.
Comme d’autres « hors sols », les gens de la LPO prétendent que le renard nous protégerait de la maladie de Lyme en éliminant les rongeurs. La légende remonte à un étude néerlandaise profondément viciée mais elle s’est répandue comme une trainée de poudre.
Sauf que trouver un tique sur la plupart des rongeurs (en France, pour d’autres espèces ailleurs cela peut varier) relève de l’exploit (ce qui ne veut pas dire qu’il n’en ont jamais…), par contre, en saison des tiques, le renard est un grand porteur et transporteur, mais cela, pour le savoir, il faut avoir tué des renards et examiné leur dépouille et compté les tiques qui sont toujours au niveau du cou et de la tête, parfois en grand nombre.
Mais, à la LPO on a horreur de la chasse… Ils ne risquent pas de le savoir.
Le loup n’est peut-être pas en tête des coupables pour les petits passereaux nichant au sol, mais ne doit pas se gêner quand il a échoué à croquer un chevreuil, un mouflon, un lièvre, un mouton ou un veau.
Et ne comptez pas sur lui pour réguler les sangliers qui font des ravages terribles, le loup est intelligent et ne s’attaque qu’à des adultes vieux ou malades ou à des jeunes isolés. Les sangliers adultes en bonne santé sont trop dangereux
Dans la liste des chouchous que défend la LPO.
Deux consommateurs d’oeufs et oisillons, et eux volent et peuvent piller les nids en hauteur…
Mais hein, dans ces successions d'éloges des massacreurs d’oiseaux par des prétendus défenseurs des oiseaux, au moins ce sont des oiseaux…
Je les ai gardé pour la fin, car faire la promotion de mustélidés carnivores, qui sont une calamité entre les calamités pour le monde des oiseaux est purement et simplement hallucinant quand on s’appelle la Ligue de Protection des Oiseaux.
Pour faire une rapide revue des espèces menacées, j’ai été rechercher un listing des oiseaux de France en danger.
Je me suis dirigée vers une publication du Muséum d’Histoire Naturelle, parce que c’est une institution qui m’inspire encore une certaine confiance.
Bien que leur listing des oiseaux « en danger critique » et « en danger » est une publication de 2016, ce qui suppose des données, au mieux de 2015, je l’ai reprise et j’en ai tiré un petit tableau ci dessous récapitulant où ces oiseaux en danger critique font leurs nids :
Harle huppée : niche au sol
Elder à duvet : niche au sol
Grèbe jougris : niche au sol
Pygargue à queue blanche : niche parfois au sol, mais nombreux prédateurs de ses oeufs dont les corvidés
Marouette poussin : niche au sol
Marouette de bâillon : niche au sol
Grue cendrée : niche au sol
Bécassine des marais : niche au sol
Sterne de Dougall : niche au sol
Sterne arctique : niche au sol
Pingouin tordu : niche au sol
Macareux moine : niche au sol
Ganga cata : niche au sol
Pic tridactyle : nid dans des cavités d’arbres
Mésange rémiz : nid en forme de poire suspendu, en principe à des branches souples comme du saule
Pie grièche à poitrine rose : nid souvent haut mais près du tronc donc plus accessible aux prédateurs grimpeurs
Oiseaux en danger, j’ai écarté les oiseaux qui sont manifestement marins, même si beaucoup fond également leur nid au sol, j’ai également écarté les grands rapaces, je suis perplexe sur les conséquences de leur protection. Nos ancêtres n’agissaient pas à la légère…
Râle des genêts : niche au sol
Outarde Canepetière : niche au sol
Guifette noire : niche au sol
Glaréole à collier : niche au sol
Pic cendré : creuse un nid dans un tronc d’arbre
Alouette calendrelle : niche au sol
Cochevis de Thékla : niche au sol
Alouette calendre : niche au sol
Traquet oreillard : niche au sol
Locustelle luscinioïde : niche au sol
Lusciniole à moustaches : niche au sol
Fauvette à lunettes : niche au sol
Fauvette pitchou : niche au sol
Pouillot ibérique : niche en forme de boule en général à moins d’un mètre du sol
Pie grièche méridionale : variable, peut nicher en hauteur mais on trouve des nids à 1m du sol
Moineau friquet : niche dans des cavités d’arbre, de vieux murs ou de rochers parfois
Bruant ortolan : niche au sol
Bruant des roseaux : niche au sol
Au delà de toute question d’habitat, le caractère massivement commun à la grande majorité des espèces en danger est le fait qu’elles font leur nid au sol ce qui en fait des proies directement à disposition de n’importe quelle prédateur, le prédateur en question n’ayant même pas besoin de savoir grimper sur un arbre ou de savoir voler.
Bien sûr qu’il faut être prudent et procéder à des études.
Pour comprendre ce qui fait diminuer une espèce ou ce qui la fait disparaitre, il faut déterminer des zones d’études, plusieurs différentes si possible avec des couverts végétaux et des pratiques agricoles différentes.
Il faut chercher les adultes de l’espèce étudiée, les capturer ou les réintroduire s’ils sont déjà disparus dans la zone et les doter d’émetteurs, détecter leur site de nidification, suivre la nidification au moyen d’une mini caméra judicieusement placée, et en règle générale pas trop dure à placer, la plupart des oiseaux menacés faisant leur nids au sol ou près du sol.
Il faut ensuite évaluer les pertes et succès reproductifs en analysant la cause des échecs de couvée et les causes de décès des jeunes comme des adultes.
On peut également travailler sur le contenu stomacal des prédateurs tués ou sur leurs fèces, choix favori des associations de protecteurs de la nature qui refusent que l’on tue des animaux.
Mais ce type d’étude peut-être très très fortement vicié.
En effet, un prédateur consomme ce qui est à sa portée. Quand une espèce est déjà disparue dans un lieu donné, on ne risque aucunement de la trouver dans l’estomac d’un prédateur, et bien sûr aucunement de la retrouver dans ses fèces.
Donc sur cette base, prétendre que le prédateur n’est pas un consommateur de l’espèce recherché relève soit d’une mauvaise foi flagrante soit d’une rare absurdité…
Et quand une espèce est en fort déclin dans un lieu donné, il faut des analyses extrêmement fines et répétées pour espérer la trouver dans l’estomac d’un prédateur ou et des analyses encore plus pointues pour la retrouver dans ses fèces, il faut en passer par l’ADN, ce qui est coûteux.
C’est un peu comme si on recherchait la trace de quelques apéricubes dans les fèces d’un humain nourri normalement.
Il est vrai qu’on peine à trouver sur le site de la LPO de telles études rigoureuses. Y en a t-il que j’ai échoué à trouver ?
En fait pour la LPO, la prédation animale semble inexistante ou négligeable, négligeable comme j’ai pu lire sur un de leurs écrits, négligeable sur la base de quoi ? Pas de référence…
Mais qui sont ces gens de la LPO qui ont un tel site encensant les prédateurs et pourfendant ceux qui tentent de les réguler ?
Des gens des villes sans doute qui vivent sur une autre planète, ont appris la faune dans les films bizounours de Walt Disney et ne connaissent les campagnes que par de rapides petits tours et puis on s’en va….
Sont-ils ignorants à ce point des oiseaux qu’ils prétendent défendre au point de ne pas s’être rendu compte que ce sont les oiseaux nichant au sol ou près du sol qui sont les plus durement frappés par la diminution de leurs effectifs ou par leur disparition ou quasi disparition dans certaines endroits. Ça devrait les interpeller ? Même pas, jamais un mot sur le sujet ! LPO, des spécialistes des oiseaux ? Vraiment ?
Et pire, sont-ils à ce point ignorants de ce qu’est un carnivore, pour s’imaginer qu’un chat, un renard, un loup, un lynx, et j’en passe, (la liste des ravageurs est tellement longue qu’on en finit plus) va passer dans les 10 ou 15 mètres d’un nid d’oiseaux au sol ou près du sol et ne pas aller casser la croûte ?
Sont-ils à ce point déconnectés des réalités des campagnes françaises pour ne pas s’être rendus compte que les chats y pullulent, amenés par les citadins ces 20-50 dernières années.
Sont-ils à ce point déconnectés des réalités des campagnes françaises pour ne pas s’être rendus compte que renards, loups, lynx, blaireaux, belettes, fouines, sangliers, écureuils………. y pullulent littéralement et dans toutes les catégories et s’imaginent-ils que tout ce florilège de ravageurs affamés passent à côté des nids les plus accessibles en les ignorants ?
En matière de prédation, tout prédateur va d’abord au plus facile, et quoi de plus facile qu’une couvée au sol ou près du sol ?
Je suis écoeurée car à se tromper de combat, la LPO condamne des dizaines d’espèces d’oiseaux à disparaitre.
La LPO est plus que complice affirmée de leur disparition, elle en est un des organisateurs.
« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes » aurait dit Bossuet.
Je ne sais pas si Dieu rit de la LPO, mais l’amoureuse des oiseaux que je suis pleure.