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Hbsc Xris Blog - A la poursuite du réel, historique et scientifique, parce que 1984, nous y sommes presque.

Archéologie, Histoire de l'agriculture, de l'élevage, de l'alimentation, des paysages, de la nature. Sols, faunes et flores. Les sciences de la nature contre les pseudos-sciences, contre l'ignorance, contre les croyances, contre les prêcheurs de l’apocalypse.

2. Porteur d'eau à Paris, 1858, la vie d'un ancien berger du Cantal. A la recherche du réel...

Porteur d'eau parisien, dessin Hippolyte Pauquet, vers 1850, source BNF

Porteur d'eau parisien, dessin Hippolyte Pauquet, vers 1850, source BNF

Sous le titre « Les ouvriers des deux mondes », la Société Internationale des Etudes Pratiques d’Economie Sociale (SIEPES) fondée par l’ingénieur des mines puis conseiller d’Etat Frédéric Le Play (1°) en 1857, publie à partir de 1857 et jusqu’en 1928, une longue série de monographies ouvrières et paysannes résultant d’enquêtes effectuées dans différentes régions de France, d’Europe ou du monde et dans différents milieux professionnels. Les monographies s’attachent à dépeindre à la fois l’histoire familiale, les activités professionnelles, les budgets familiaux, l’alimentation. 

Pour l’historien, c’est une mine d’informations sur la vie quotidienne à une date précise et en un lieu précis. Il faut cependant décortiquer et analyser les pages se présentant sous forme de budgets comptables parfois austères et bien sûr vérifier la cohérence de l’ensemble en croisant des données de l’époque.

Généalogiste amateur, j’ai également eu à coeur de rechercher et retrouver les familles à partir des indices ténus fournis par les enquêteurs qui ont toujours eu soin de dissimuler partiellement les identités. Et ensuite de compléter si possible ce qu’on pouvait savoir de leur histoire.

Bien entendu, j’ai respecté l’anonymat voulu à l’époque.

 

« Le porteur d’eau de Paris » est une monographie résultant d’une enquête menée en avril 1858 dans la famille d’un ancien berger du Cantal, devenu porteur d’eau à Paris.

Rappelons qui ils sont :

Gérard, le père de famille, né en 1812, à Saint Martial dans le Cantal, 46 ans en 1858, a épousé en 1845

Elisabeth, la mère de famille née en 1823, à Neuvéglise sur Truyère dans le Cantal, 35 ans en 1858.

A cette date, avril 1858, ils ont eu 5 enfants dont deux sont décédés, situation qui n’a rien d’extraordinaire dans la démographie encore meurtrière de l’époque…

-Jean Baptiste, né en 1846 à Paris, 12 ans en 1858

-Antoine Alfred, né en 1850 à Paris, décédé vraisemblablement en 1853 ?

-Enfant nom inconnu, né peut-être en 1852, à Paris, décédé peu après sa naissance

-Marie Madeleine, née en 1853 à Paris, 5 ans en 1858

-Jules Augustin, né en 1856 à Paris, 2 ans en 1858

 

L’enquêteur, Ernest Avalle, un membre plutôt discret de la SIEPES ne s’identifiait dans ses travaux que comme « propriétaire 10 rue des Postes », ancien XIème arrondissement et actuelle rue Lhomond, 5ème arrdt. Il faut chercher un peu pour le découvrir…

Né en 1830, on lui trouve une belle carrière au ministère de la Marine et des Colonies dont il finit sous directeur. Il décède en 1904 à 74 ans à son domicile du 111 rue de Rennes. Si dans ses narrations, il n’est pas exempt des à priori de son temps, il n’en est pas moins plutôt bienveillant vis à vis des personnes qu’il interroge et ses enquêtes paraissent soucieuses de précisions et empreintes d’honnêteté.

Domicilié 10 rue des Postes, Ernest Avalle était donc un proche voisin de Gérard qui vivait 2 rue des Cordiers. Les comparaisons s’arrêtent là, la rue des Postes est un paysage de petits ensembles immobiliers sur des vastes cours ou jardins, la rue des Cordiers, une vieille rue étroite du vieux Paris ouvrier avec des immeubles d’habitation. 

 

Le précédent article http://hbscxris.over-blog.com/2020/10/porteur-d-eau-a-paris-1858-la-vie-d-un-ancien-berger-du-cantal.a-la-recherche-du-reel.html s’était attaché à expliquer comment au XIXème siècle, un ancien berger du Cantal avait pu devenir « porteur d’eau » à Paris et y fonder une famille.

Il s’agissait à travers lui, d’esquisser une analyse des réalités sociales qui pouvaient être celles des campagnes françaises où la vie était particulièrement difficile et d’amener à découvrir les phénomènes historiques qui ont conduit, avant même le début du XIXème siècle et plus encore tout au long du XIXème siècle, des dizaines de milliers de paysans pauvres à quitter leurs hameaux ou leurs villages pour des villes situées parfois à des centaines de km de leurs domiciles, dans l’espoir de vivre mieux. Vivre mieux, tout simplement…

 

Mais le Paris de 1858 où nous découvrons la famille de Gérard, porteur d’eau, et d’Elisabeth, une Cantalienne également qu’il a amené jusque là, est très très loin du Paris d’aujourd’hui.

Ceux qui ont suivi mes articles sur « Le manuel pratique de la culture maraichère de Paris » paru en 1845, en ont déjà une bonne idée : http://hbscxris.over-blog.com/2019/11/le-manuel-de-la-culture-maraichere-a-paris-1845-par-jg-moreau-jj-daverne.a-la-recherche-du-reel-la-paris-reel-de-1845.html.

Mais 1845, c’était 13 ans avant 1858, Paris en ce temps change vite, et des bouleversements encore plus conséquents sont en cours.

Alors je vais esquisser une description du Paris de Gérard, Elisabeth et leur famille.

LE PARIS DE 1858

 

Nul souci de décrire ici le Paris des monuments déjà construits en 1858, on les trouve sur toutes les bonnes pages du net.

 

Le Paris de la vie quotidienne des parisiens moyens de 1858 (ou des années proches de 1858) est plutôt un Paris dont on parle peu, peut-être parce que ce Paris là n’était pas vraiment glamour, parce qu’il était industriel, bruyant et terriblement pollué, d’une manière que « les aficionados hypocondriaques » d’Airparif ne peuvent même pas imaginer dans leurs pires cauchemars… parce que les rues étaient encombrées en permanence, mais aussi sales, voir carrément boueuses, parce que la Seine, réceptacle des égouts, était aussi une voie commerciale saturée… et pas par de romantiques péniches de plaisance, parce que l’habitat était majoritairement ancien et vétuste… et charmant, uniquement sur les cartes postales modernes et quand on y vit pas…

Peut-être aussi parce que la révolution urbanistique Haussmannienne qui a commencé quelques années auparavant et durera jusqu’à la fin du XIXème, bien après Haussmann, a tout bouleversé tellement vite que ce qu’il y avait avant ce tourbillon est sorti des mémoires ?

 

Alors on va en parler…

 

LES LIMITES

Pour 2 ans encore le Paris dont il est question en 1858 est celui de 35 km2 enserré dans son enceinte du mur des fermiers généraux. Mais l’histoire proche est déjà écrite et dans 2 ans d’ici, Paris aura annexé tout ou partie de ses communes périphériques et plus que doublé sa superficie pour atteindre 78 km2. Les 105 km2 du Paris contemporain résultent de grignotages complémentaires ultérieurs aux dépens de la banlieue et du rattachement officiel en 1929 des 2 bois de Boulogne et de Vincennes.

Notons que dès 1854, ces deux bois sont cependant sous la tutelle parisienne et aménagés pour la détente dominicale des parisiens par l’ingénieur Polytechnicien Adolphe Alphand selon les instructions du baron Hausmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870.

On aura le bois de Boulogne que l’on pourrait appeler bois de la bourgeoisie et de l’aristocratie puisque ces derniers vivent dans la partie ouest de Paris et de sa nouvelle banlieue et le bois de Vincennes ou bois des classes ouvrières et de tous les milieux populaires puisque ces derniers, déjà nombreux dans l’est parisien, s’y réfugient massivement lorsque les démolitions du vieux centre populaire de Paris débutent mi XIXème.

Source BNF

Source BNF

Bien que la carte soit antérieure à 1858, elle est très parlante visuellement.

En rose, le Paris de 1858 dans l’enceinte des fermiers généraux.

En orange et délimitées par un trait vert clair, les annexions constituant le Paris de 1860, les fortifications de Thiers étant à l’intérieur du nouveau Paris, auquel il faut bien sûr ajouter les 2 bois, rattachés officiellement en 1929 mais déjà sous tutelle parisienne mi XIXème. (Source BNF). 

 

Détruit rapidement au début de l’année 1860, le mur des fermiers généraux laissera la place à une ceinture intérieure de boulevards qui s’inscrit dans les nouveaux axes de circulation que le baron Haussmann fait percer dans le Paris du passé qui est partiellement démoli au cours de travaux gigantesques qui durent plus d’une vingtaine d’années.

Reflet du temps, la ville est cependant protégée militairement par une nouvelle enceinte, celle des fortifications de Thiers, une grande muraille renforcée par un peu plus de 90 bastions plus une série de forts en postes avancés.

En 1870, toutes ces fortifications ne serviront à rien. Encerclée par les allemands à partir du 19 septembre 1870, la ville est privée de ses approvisionnements alimentaires comme de son bois et de son charbon. Les parisiens sont affamés et grelottent de froid et leurs autorités demandent l’armistice le 28 janvier 1871. Comme quoi une ville, cela ne s’alimente pas par l’opération du saint esprit…

A la destitution du préfet Haussmann en 1870, c’est l’ingénieur Adolphe Alphand qui sera chargé de poursuivre son oeuvre.

 

LA POPULATION

 

Armand Husson, économiste et haut fonctionnaire de la Préfecture de la Seine, féru de chiffres et de statistiques, auteur des « Consommations de Paris » 1ère édition 1856, 2ème édition révisée et complétée 1875, a laissé un tableau chiffré de l’habitat parisien en 1856.

Il dénombre 29 600 maisons ou immeubles dans la Paris de 35 km2, habités par 427 000 ménages d’en moyenne 2,65 personnes, ce qui fait 38,23 personnes par maison ou immeuble et théoriquement 1 131 550 parisiens dans l’enceinte des fermiers généraux. En fait, on retient aujourd’hui le chiffre corrigé de 1 174 000 habitants car les chiffres d’époque excluent tous ceux qui vivent là depuis moins de 6 mois.

 

Dans le même périmètre, il y avait en 1801, 548 000 habitants, moitié moins, et 935 000 habitants au recensement de 1841.

Bien entendu, l’essentiel de l’accroissement était du à l’arrivée massive de migrants des campagnes françaises venus travailler à Paris, de quoi tordre le cou au mythe selon lequel le réseau de chemins de fer en étoile a drainé les forces vives de la France vers la capitale. Or on voit clairement que le processus était déjà fortement enclenché avant la construction du réseau de chemin de fer, avec des gens arrivés à pied, comme Martin Nadaud, le maçon de la Creuse, comme Gérard, le porteur d’eau du Cantal.

 

On remarquera que le recensement de 1856 ne montre qu’un gain modeste de 20 000 habitants par rapport au recensement de 1851 qui lui même indiquait un déficit de 2000 personnes par rapport au recensement de 1846.

Or le Paris des fermiers généraux avait gagné 118 000 habitants entre les 2 recensements de 1841 et 1846, certes une période très faste.

C’est dire la gravité de la crise économique consécutive à la révolution de 1848 suivie d’une seconde épidémie de choléra en 1849 (la 1ère : 1832), assez meurtrière  et d’une troisième épidémie de choléra en 1854, plus bénigne mais désorganisatrice tout de même.

 

La moyenne des personnes composant les ménages parisiens est faible, à la fois parce qu’il y a beaucoup de célibataires, mais également parce que les lourds horaires de travail des hommes comme des femmes ne permettent guère de s’occuper d’enfants, d’autant que les solidarités familiales qui existent dans les campagnes, font souvent défaut dans les villes et que si on peut emmener un nouveau né et le laisser sous un arbre au bord d’un champ où on travaille, on ne peut guère l’amener à l’usine ou à l’atelier.

Par voie de conséquence, les parisiens ou disons les habitants de Paris, ont avant le reste de la France, dès le XIXème siècle, fait en sorte de limiter le nombre des naissances par des moyens de contraception de fortune.

Cela étant, quand on voit Armand Husson écrire que le taux des « morts nés » à Paris dans les années 1856-59 est d’environ 77 pour 1000 nés vivants (3 pour 1000 nés vivants actuellement en France), et qu’on sait qu’une grande partie de ces morts nés ont moins de 6 mois, on comprend bien que même s’il était interdit et sévèrement réprimé, l’avortement ou tous les moyens pour tuer in utero un foetus devait être une solution de secours pour bien des pauvres filles, d’autant que le taux de naissances hors mariage, dans les mêmes années 1856-59 était d’environ 30%.

 

Si le nombre d’enfants composant les ménages parisiens est faible, c’est également parce que dans les années 1860-1880, 1/3 des nouveaux nés parisiens s’en vont dans les jours qui suivent leur naissance, dans les bras d’une nourrice « à emporter » en général trouvée via une des nombreuses agences de la capitale, en direction d’une des régions françaises s’étant fait une spécialité de l’allaitement des nourrissons comme la Normandie ou le Morvan. Les tarifs varient de 15 à 30 fr par mois.

Négligés par un certain nombre de nourrices qui n’y voient qu’une source de revenus, 30% de ces nourrissons « emportés » n’atteindront pas leur 1er anniversaire contre 14% pour ceux qui restent auprès de leurs parents. Au delà d’un ou deux ans, beaucoup de survivants restent « placés » dans des familles de la campagne et s’ils reviennent, entre 4-5 et 8-10 ans, c’est qu’ils ont l’âge de pouvoir se débrouiller tout seul, voir d’aider leurs parents ou de faire des petits boulots.

Pour ce qui est de la scolarisation, il faut mentionner deux choses, d’une part l’école ne sera gratuite et obligatoire en France que consécutivement aux lois de Jules Ferry 1881-82. En 1858, c’est donc dans 23 ans à venir.

D’autre part, pour les gens modestes et pauvres qui vivent dans un certain nombre de grandes villes, et c’est le cas de Paris, leurs enfants peuvent bénéficier d’une instruction gratuite dans les écoles municipales, à condition de faire l’effort de les envoyer dans ces écoles, bien sûr. Et c’est un énorme progrès.

Mieux, grâce à une initiative privée de « bonnes » dames riches de l’aristocratie et de la bourgeoise, des salles « d’asile » accueillent gratuitement les petits parisiens pauvres de 2 à 7 ans à partir de la fin des années 1820. Il ne faut pas entendre « asile » au sens péjoratif actuel, mais ce sont bel et bien les ancêtres de nos écoles maternelles actuelles.

Au cours du XIXème siècle, le dispositif des « asiles d’enfants » s’étend et est repris par l’administration parisienne.

La gratuité reste totale pour les ménages modestes et comme dans les écoles publiques de la capitale, il est obligatoire, pour être admis, de présenter un certificat médical attestant d’une bonne santé. Si on est pas déjà un survivant de la variole, il faut en outre obligatoirement avoir reçu la « vaccine », c’est à dire l’inoculation d’une maladie bénigne des vaches, qui protège de la variole, les deux virus, variole et vaccine étant proche cousins, mais la vaccine inoffensive…

Malheureusement, bien que les salles d’asile d’enfants excèdent souvent leurs capacité, les places manquent de façon chronique.

 

La faible superficie des logements parisiens est parfois évoquée comme motif de placement des enfants en nourrices. Franchement devant ce qu’on peut savoir des superficies de l’habitat rural modeste et de l’entassement courant d’une famille de pauvres des campagnes dans une pièce ou deux, je ne pense pas que l’argument du manque de place ait beaucoup compté.

D’ailleurs en règle générale quand on trouve une famille parisienne modeste ou une femme seule qui a « gardé » ses enfants auprès d’elle, ce n’est pas lié à la taille du logement, c’est soit parce que la femme travaille à son domicile (les travailleuses en chambre) et peut s’occuper de ses enfants en même temps soit parce que l’homme a vraiment un salaire suffisant pour deux et plus et que la femme n’a pas besoin d’occuper un emploi salarié.

 

QUI SONT LES PARISIENS DE 1858 ?

Les parisiens nés à Paris, ou dans les communes limitrophes du département de la Seine, ne représentent que plus ou moins 40% de la population de la ville.

L’essentiel des nouveaux parisiens est jusqu’alors arrivé de régions situées dans la moitié nord de la France, à l’exception des migrants du Massif Central. Les migrants sont en général des jeunes adultes ruraux, mais les départements déjà plus urbanisés que la moyenne envoient davantage de migrants urbains peut-être parce qu’une grande ville de province a pu constituer un pallier intermédiaire pour un monde rural sur lequel elle rayonne.

On a environ 4-5% d’étrangers, essentiellement des allemands, des italiens, belges, suisses, néerlandais, certains pauvres ou modestes, mais pas tous loin de là…

QUE FONT LES PARISIENS DE 1858 ?

Pour l’année considérée, les éléments précis manquent. Il existe une enquête statistique réalisée en 1860 par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris qui se veut un recensement exhaustif de tous les ouvriers d’industrie parisiens et de leurs patrons. Malheureusement, l’enquête est postérieure au plus que doublement de la superficie parisienne et à l’inflation consécutive de sa population.

Il faut donc se reporter au recensement de 1856 qui, s’il ne donne pas d’indication dans le domaine des salaires ou l’importance numérique des entreprises, fournit une image de la population parisienne plus complète que l’enquête statistique réalisée en 1847-48 par la chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, qui ne concernait que la population industrielle.

 

En 1847-48, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris avait produit une enquête statistique sur l’industrie à Paris qui est d’une richesse et d’une précision remarquable. On y découvre d’ailleurs l’exceptionnelle spécialisation du monde ouvrier quelque soit le métier et force est de constater que la fin XIXème ou le XXème n’ont pas inventé le travail à la chaine, ils l’ont seulement organisé et systématisé.

Lors de cette enquête, la Chambre d’Industrie et de Commerce de Paris avait défini ainsi le sujet de son enquête « Tout entrepreneur qui fait subir aux produits, par le travail, un changement quelconque est un industriel (et donc ceux qui travaillent pour eux sont des ouvriers d’industrie) ; tout ceux qui se bornent à revendre les produits tels qu’ils les ont achetés, sans autre façon qu’un transport ou un fractionnement nécessaire à leur vente sont des commerçants (et ceux qui travaillent pour eux des employés de commerce».

La définition avait donné lieu à maints débats, car dans le Paris de l’époque, une grande partie de ceux qui fabriquaient quelque chose en étaient aussi les vendeurs. On est encore dans la grande époque du petit commerce de détail.

Mais certains commerçants recevaient la plus grande partie de leurs produits déjà prêts à vendre, notamment dans l’alimentaire et se bornaient à opérer des fractionnements pour la vente au détail ou des transformations mineures ou annexes.

Comment ainsi distinguer le crémier qui se bornait à détailler des produits, beurres, oeufs, fromages, en général arrivés, en gros, de province, de celui qui tout en vendant les mêmes produits, vendait également des produits transformés à partir de beurre, oeufs et fromages, voir tenait dans son arrière boutique une petite gargotte à 3-4 sous (15-20 cts) où il liquidait des invendus, en général apprêtés ?

 

En ce sens, le recensement de 1856, même s’il est beaucoup moins précis dans le catalogue des métiers, ratisse plus large dans la grande armée des travailleurs et donne une vision globale des activités de la population parisienne de l’époque.

Il retient, avec quelques modifications, les 13 grandes subdivisions de l’enquête de 1847-48 mais en ne faisant pas de différences entre la majorité des producteurs qui sont également vendeurs en gros ou au détail, et une minorité de vendeurs qui ne sont quasiment pas producteurs ou pas du tout.

Et surtout il rajoute une catégorie pour « l’industrie des transports », deux catégories de « purs » commerciaux, une catégorie de profession libérales, et une catégorie dite de « positions diverses ».

 

Le Paris professionnel de 1856 :

 

  1. Alimentation : des boulangers au brûleurs de café, en passant par les raffineurs de sucre ou les fabricants de pâtes alimentaires (tiens le père Goriot !), des tripiers, des limonadiers… C’est le secteur économique le plus important.
  2. Bâtiment : charpentiers, menuisiers de toutes spécialités, maçons, serruriers, carreleurs… déchireurs de bateaux (si si ! des barges de transport de marchandises construites sommairement pour un seul trajet aval vers Paris, le bois était ensuite débité)
  3. Ameublement : du fabricant de chaise ou de literie, au fabricant de billard, des miroitiers, à toutes les spécialités des métiers du bronze qui est à la mode…
  4. Vêtements : chapeliers et casquettiers, on ne va pas tête nue en ce temps, pelletiers et fourreurs, et oui L214, la vilaine industrie chimique n’a pas encore inventé de quoi se passer de la chaude peau animale… et puis bien sûr, blanchisseuses, teinturiers et couturières en toutes spécialités… C’est le second secteur économique le plus important, mais il est concurrencé de façon croissante par le bâtiment, du fait des grands travaux en cours.
  5. Fils et tissus (confection de) : des teinturiers, fileurs, peigneurs, imprimeurs sur tissus, des métiers qu’on comprend et des choses si lointaines qu’elles en sont mystérieuses comme ces épeutisseuses qui semblent débarrasser la surface d’un tissu du moindre de ses défauts.
  6. Industries chimiques et céramiques : céramique, on en fabrique pas à Paris, mais on la décore… Chimie, on en fait pas mal à Paris, un mot aujourd’hui diabolisé derrière lequel se cache tout simplement les opérations de transformation de la matière… Et oui, la chimie, c’est l’histoire de l’humanité… les teintures, les couleurs, les colles, les encres, la miraculeuse eau de javel qui a moins d’un siècle, sans compter les étonnantes pâtes au cyanure ou à l’arsenic, insecticides à mouches qu’on mettait dans des coupelles. Les mouches étaient un calvaire à la moindre chaleur dans le Paris du passé comme dans toutes les villes et toutes les campagnes… Les entomologistes actuels sont totalement ignorants du sujet…
  7. Peaux et Cuirs : là aussi de quoi scandaliser L 214… Mais dans une ville où on abattait plus d’un million de boeufs, vaches, veaux, moutons par an, compte non fait des porcs, la matière première ne manquait pas, d’autant que les débouchés ne manquaient pas non plus : sellerie et harnachement, cordonnerie, ganterie, maroquinerie, reliure…
  8. Carrosserie, sellerie et équipement militaires : on y trouve les maréchaux ferrants, les selliers et bourreliers, et les diverses spécialistes de la construction de voitures selon les parties car le menuisier en voiture n’est pas carrossier en voiture, pas plus que ou peintre en voiture, fabricant de lanterne pour voiture ou charrons-forgerons pour les roues, mais ne nous trompons pas, ces voitures là sont encore attelées.
  9. Travail des métaux, mécanique, quincaillerie : vaste monde au temps du métal roi, on a des chaudronniers subdivisés en de nombreuses spécialités, des étameurs, des couteliers, uniquement de luxe à Paris, des lamineurs, des indispensables ferblantiers… fabricant d’instruments de chirurgie, et aussi bandagistes c’est à dire fabricant de « bandages pour hernies » lesquelles contenaient des parties métalliques, les mêmes était souvent fabricants de membres artificiels ou d’articles d’orthopédie
  10. Travail des métaux précieux, orfèvrerie, bijouterie, joaillerie : notons que faire des « faux » bijoux, des « fausses » perles, de la « fausse joaillerie » font partie des métiers répertoriés, et qu’enfileur de perles était un métier qui a eu une descendance pléthorique au XXIème siècle !
  11. Boissellerie, vannerie : les boisseliers étaient fabricants de récipients en bois, à distinguer du tonnelier dans la même catégorie où on note quelques originalités comme le formier qui sculptait des formes en bois pour les chapeaux, chaussures, etc… ou le fabricant de mottes qui récupérait le tan usagé des tanneries pour le presser puis le sécher en « mottes » qui se vendait comme combustible à bas prix , une spécialité du XIIème ardt ancien (5ème actuel) en raison des tanneries le long de la Bièvre. Et puis pour expédier des produits, il fallait des layetiers-emballeurs, un layetier fabriquait des laiettes, c’est à dire des caisses…
  12. Articles de Paris : la dénomination vient du fait qu’il s’agissait d’un ensembles d’articles en principe de grande qualité et suivant « la mode de Paris » dont une partie de la production partait pour être vendue en province ou à l’étranger auprès d’une clientèle aisée. C’est une des rares spécialités qui a partiellement survécu jusqu’à nos jours avec de la maroquinerie ou la ganterie, mais au XIXème, sous cette dénomination travaillent aussi des fabricants de jouets ? (peut-être parce que seuls les gens aisés en achetait pour leurs enfants ?) d’éventails, de fleurs artificielles, des horlogers, des fabricants de montres, et des fabricants d’instruments de musique…
  13. Imprimerie, gravure, papeterie : entre les différentes spécialités de l’imprimerie, on trouve des graveurs sur bois ou sur métal de diverses spécialisations, des fabricants de cire à cacheter, de cartes à jouer … ou de plumes à écrire, mais il y a déjà plus de fabricants de plumes métalliques que de façonneurs de plumes d’oies.

 

Selon la présente statistique, 1856, le Paris des fermiers généraux compte 374 500 ouvriers, employés, agents ou apprentis, auxquels il faut ajouter 72 000 patrons ou « chefs d’exploitation » qui emploient également 20 000 domestiques.

Il faut cependant bien se garder d’entendre le terme « patrons » au sens où on l’entend aujourd’hui.

En effet, si l’on considère les 64 800 patrons d’industrie recensés à Paris en 1847-48, la moitié d’entre eux étaient soit des artisans travaillant seuls, soit avec un seul ouvrier et leur condition devait largement se confondre avec celle de la classe ouvrière. En outre en 1847-48, seuls 11% des « patrons d’industrie » avaient plus de 10 ouvriers.

 

Le dénombrement de 1856 ajoute 3 catégories dites spécifiquement « commerciales » :

  1. Industrie des transports : le secteur dynamique des voitures publiques, et celui en plein essor des chemins de fer, mais aussi les entreprises de la navigation, du roulage, du déménagement, les portefaix qui sont des porteurs et leur version de luxe, les commissionnaires, porteurs d’objets précieux, et aussi les marchands de chevaux
  2. Professions intéressant l’industrie et le commerce : secteur bancaire, agents de change, commissaires priseurs, assureurs, courtiers de commerce… et interprètes, rendus indispensables par le grand développement du commerce international.
  3. Professions industrielles ou commerciales diverses : un bric à bras où on a casé les hôtels et garnis et établissements de bains, les marchands de bois à brûler et de charbon, les pompes funèbres et les chiffonniers, et même les oiseleurs…

Ces 3 dernières catégories emploient 68 000 ouvriers, employés, agents et apprentis divers et 13 000 domestiques pour 11 600 patrons ou chefs d’exploitation

 

On a ensuite une rubrique « Professions Libérales » qui inclut les professions médicales et juridiques, ou les architectes, jusque là rien de surprenant, mais les enseignants, le clergé et les personnels des administrations publiques y sont répertoriés, ce qui est surprenant vu du XXIème siècle.

46 000 personnes exercent une profession libérale et emploient à leur service 4 300 agents divers et 14 000 domestiques.

 

Pour finir, une rubrique « Positions diverses ou individus sans profession » où les propriétaires vivant de leurs biens et les rentiers divers côtoient les élèves et étudiants, les détenus, vagabonds et saltimbanques, ou les aliénés des hospices… Original…

Ils sont 109 000 et n’ont pas d’employés mais 36 600 domestiques et bien entendu, ce sont les 9000 propriétaires et les 37000 rentiers qui ont la quasi totalité de ces domestiques.

Soyons cependant honnête, tous les rentiers n’étaient pas riches, loin de là, on y trouvait une proportion non négligeable d’artisans et/ou commerçants, ayant gagné suffisamment pendant 30 ou 40 ans d’activité intense pour parvenir à épargner une somme d’argent, qui placée, leur fournissait un revenu régulier, en général modeste, mais leur permettant l’âge venu, de cesser leur activité sans être à la charge d’un descendant.

Il s’agissait plutôt de ce qu’on appellerait aujourd’hui des retraités par capitalisation.

 

Et on a même une rubrique Agriculture. Le Paris des fermiers généraux compte encore 450 chefs d’exploitation agricole employant 1250 ouvriers et un peu moins de 150 domestiques.

Parmi eux 379 maraichers employant 1150 personnes et une centaine de domestiques.

Rappelons qu’en 1845, la SNHF (à l’époque Société Royale d’Horticulture de France) faisait paraitre « Le manuel de la culture maraichère à Paris », par deux maraichers, JJ Daverne et JG Moreau,  fruit d’un concours lancé quelques années plus tôt.

JJ Daverne et JG Moreau y écrivait qu’il y avait à Paris (dans l’enceinte des fermiers généraux) 1800 maraichers exploitant 1378 ha. Le chiffre fut ensuite repris au XIXème, puis au XXème, puis au XXIème siècle sans analyse critique.

Il avait pourtant un concurrent malheureux de ce concours pour un manuel du maraichage parisien, il s’agissait du maraicher et grainetier Courtois-Gérard qui lui écrivait, à la même époque, 1844, qu’il y avait à Paris intra muros (celui des fermiers généraux) 1125 maraichers cultivant 591 ha.

Et tant la précision de l’analyse de Courtois-Gérard, que des sondages dans les cadastres d’époque m’inclinent à penser que Gérard-Courtois était infiniment plus près de la vérité que Daverne et Moreau qui, avec ce chiffre, prétendaient tout de même qu’un tiers de la superficie du Paris des fermiers généraux était en maraichage, ce qui parait assez rocambolesque.

Quoi qu’il en soit, entre 1844 et 1856, soit seulement 12 ans, cela fait un déclin considérable du nombre de maraichers divisé soit par 4,5, version Daverne et Moreau, soit par 3 version Gérard-Courtois. Et c’est tout de même énorme même si on ne sait rien des superficies.

Mais il est vrai que Paris était en pleine démolition et pleine reconstruction et surtout que les chemins de fer avaient déjà considérablement changés la donne en amenant quotidiennement des produits frais de banlieue, voir de province, cassant les prix plus élevés des maraichers parisiens, voir parfois exorbitants pour les primeurs sur couches chaudes.

Que font les 80 autres agriculteurs ? Ils sont appelés fermiers, métayers, régisseurs… Il y avait sans aucun doute des jardiniers fleuristes, il y en avait en 1844 et ils étaient parfois également maraichers.

On comptait probablement également un certain nombre d’exploitants d’étables de ville où rappelons le, les vaches passaient déjà une existence en stabulation complète, en permanence entravée et dans des conditions d’hygiène indescriptible.

 

Au final quelques chiffres clés des principales catégories :

448 000 ouvriers, employés, agents divers et apprentis quelque soit les secteurs.

83 000 « chefs d’exploitation », « patrons » ou artisans à leur compte

46 000 personnes exerçant une profession dites « libérale » selon la définition de 1856

46 000 propriétaires vivant de leur bien, et rentiers

84 000 domestiques et ce sont à 75% des femmes

373 000 personnes sont répertoriées comme femmes ou enfants n’exerçant pas d’emploi ou ascendants à charge.

 

 

 

QU'EN EST-IL DU SALAIRE OUVRIER DE 1858 ?

Le recensement de 1856 ne fournit pas de précisions quand à leurs revenus mais rappelons ce que résume l’enquête de 1847-48 :

Il  y avait des ouvriers à un peu plus d’1 franc par jour et des ouvriers à 10 fr, avec une majorité entre 3 et 5 fr par jour travaillé, moyenne retenue par l’enquête, 3,80 fr , en n’oubliant pas, qu’en règle générale, les salaires variaient alors en fonction des saisons et du volume d’heures effectuées, comme du volume de travail produit.

Pour les femmes, c’était infiniment plus fluctuant en raison du fait que toutes ne travaillent pas à plein temps et que si certaines exercent des métiers de finition très spécialisés et bien payés, la majeure partie d’entre elles sont employées à des tâches sous qualifiées, payées à la pièce, notamment dans le domaine des sous payés des industries du textile, du fil et des tissus.

Moyenne annoncée de leurs salaires journaliers en 1847-48 : 1,67 fr

 

Jacques Rougerie, spécialiste du XIXème siècle parisien et de la « Commune de Paris » estime qu’en prenant pour base 100 les salaires moyens de 32 professions ouvrières type à Paris en 1901, on était à une base 50 en 1830, 53, dans l’enquête de 1847, 56 en 1853, 61 en 1860.

En conséquence, un ouvrier gagnant 3 fr par jour en 1847 pouvait espérer 3,45 fr en 1860 et un ouvrier gagnant 5 fr en 1847, 5,75 en 1860, ce qui ferait une moyenne de 4,60 fr par jour travaillé. On est très proche des résultats de l’enquête statistique de la Chambre d’Industrie et de Commerce qui en 1860 donne une moyenne de 4,51 fr pour le nouveau grand Paris à 20 arrondissement.

Mais comme Jacques Rougerie l’expliquait, ces moyennes cachent toutes des disparités entre gagnants et perdants de l’évolution.

En outre sur la période 1847-1860, globalement, le coût de la vie augmente également, mais sans constance car on a des fluctuations brutales liées aux crises successives : mauvaises récoltes, révolution de 1848, épidémies de choléra.

 

Rappelons encore que pour l’époque considérée, et sauf chômage (non payé évidement), et sauf maladies ou accidents, non payés non plus, si ce n’est pour les rares ouvriers cotisant à une « société de secours mutuel», en retirant dimanches et jours fériés, on peut espérer travailler 313 jours par an, j’écris « espérer » car en ce temps travailler c’est manger… Ne cherchez pas les congés annuels, il n’y en a pas…

A titre de comparaison, actuellement,  ceux qui font encore l’effort d’aller travailler en France le font pendant en moyenne 225 jours/an. 

 

En 1858, tout le monde n’a pas la chance de pouvoir travailler 313 jours par an, certaines professions connaissent des périodes régulières de chômage technique, qui fluctuent selon les saisons. Et il n’y a pas d’indemnités…

Les ouvriers du bâtiment sont principalement affectés par la période hivernale qui bloque les chantiers, il est vrai qu’une partie d’entre eux, comme les maçons de la Creuse, en profitent pour rentrer au pays. D’autres industries, en particulier toute celles qui ont une clientèle de parisiens aisés connaissent une plus ou moins forte morte saison de mi printemps au début de l’automne. En effet, aristocrates et grands bourgeois ont tous des propriétés de campagne et ils s’y retirent durant les mois de « belle saison » partiellement ou complètement. Ils dépensent donc moins à Paris

Pour ces ouvriers privés au moins d’une partie de leur travail et de leur salaire, la situation n’est pas aisée. Certains se louent à la journée sur des chantiers temporaires ou dans des ateliers comme manœuvre, d’autres vont « chiffonner » pour gagner quelques sous. Mais pour tous, les revenus journaliers peuvent alors chuter brutalement à 1 ou 2 fr. Heureusement, il y a des distributions de pain ou les soupes de charité ce qui n’existe alors que fort rarement dans les campagnes…

 

En tablant sur un très bon chiffre de 313 jours travaillés, on peut estimer qu’un ouvrier parisien de 1860 a donc en moyenne entre 2,95 et 4,93 fr pour vivre, soit en moyenne 3,94 fr lorsqu’on fait le report sur chacun des 365 jours de l’année. 

Les femmes gagnent en principe la moitié d’un salaire masculin mais cela dissimule des disparités plus importantes. Certaines cousent à la pièce pour 0,50 fr à 1 fr par jour tout en gardant leurs enfants dans leur logement ou parfois dans leur taudis, d’autres peuvent gagner jusqu’à 10 fr dans des métiers d’art exigeant un haut niveau de dextérité. 

En 1860, dans la Paris des 20 arrondissements, la Chambre d’Industrie et de Commerce donne un salaire féminin de 2,14 fr par jour travaillé.

 

Une petite amélioration est perceptible en ce qui concerne le travail des enfants.

On le constate dès la lecture des fiches d’enquête. En 1847-48, la Chambre de Commerce et d’Industrie possède deux rubriques pour le nombre d’enfants employés : 1. Enfants de 6 à 12 ans, 2. Enfants de 12 à 16 ans.

Les résultats donnèrent à peu près 25 000 enfants employés (sur 342 000 ouvriers), dont 2100 entre 6 et 12 ans, principalement dans les activités du textile.

En 1860, il n’y a plus qu’une rubrique : Enfants de moins de 16 ans… Même si la législation reste défaillante, on devine un changement de mentalité. Il y a toujours 25 000 enfants employés mais c’est désormais sur un total de 416 000 ouvriers puisque l’enquête se place dans le nouveau Paris industriel des 20 arrondissements.

 

Il y a bien eu, dès le début du XIXème siècle, des tentatives législatives pour tenter de limiter le travail des enfants dans l’industrie ou les mines mais elles sont restées lettre morte.

La première mesure législative réellement appliquée est la loi de mai 1874 qui interdit fermement l’emploi des enfants de moins de 12 ans ou moins de 10 ans (selon les secteurs) dans les usines, manufactures et chantiers, et limite le temps de travail à 6h pour les enfants de 10 à 12 ans et à 12 h pour ceux de 12 à 16 ans.

 

Dernière précision, l’enquête de la Chambre d’Industrie et de Commerce de 1860 a tenté d’estimer le nombre d’heures de travail journalier dans toutes les industries. 20% n’ont pas fourni d’éléments, 6% ont déclaré que le temps de travail y était inférieur à 12h, 37% ont déclaré un temps de travail de 12h, et 37% un temps de travail supérieur à 12h.

Et heureusement, ces horaires incluent en principe deux pauses repas ou casse croûtes, une en milieu de matinée, une en début d’après-midi d’au moins une demie heure mais qui tendent à s’allonger à une heure.

LA VOIE PUBLIQUE

 

Le Paris de 1858 est quadrillé par un dédale de 386 voies (avenues, boulevards, rues, places, etc…).

 

Les 3/5ème sont pavées, très majoritairement en cubes de grès d’à peu près 16 cm de côté, même s’il y a d’autres dimensions et qualités.

 

Un peu moins d’1/5ème des voies est revêtu de macadam, peut-être un tout petit peu moins…

Une certaine confusion semble en effet exister dans les statistiques d’époque entre le macadam et l’asphalte, qui à cette date, a déjà fait une timide apparition.

L’asphalte est une roche silico-calcaire contenant en plus ou moins forte proportion un bitume naturel issu de la lente dégradation souterraine du pétrole. L’asphalte est connu depuis l’Antiquité mais n’a pas toujours été utilisé à toutes les époques. On le trouve en gisements comme en Alsace où on l’exploite dès la fin du XVIIIème siècle pour l’étanchéité de fondations de bâtiments. Puis on l’étale sur des terrasses et finalement sur des trottoirs à partir de 1835 par dessus un couche de briques posées sur mortier hydraulique. Au milieu du XIXème, il semble faire une progressive apparition sur des voies de circulation. Mais sous sa forme d’époque, il est instable aux variations climatiques et fragile sous les sabots des chevaux et les roues ferrées.

Le macadam est lui l’invention d’un anglais du nom de John Mac Adam qui consiste à étaler sur une route préalablement nivelée des pierres concassées dont on diminue le diamètre des fragments progressivement en montant la couche. Le tout est lié au sable et à l’argile. Moins coûteux que les pavé, plus silencieux sous les sabots des chevaux et les roues cerclées de fer des véhicules, le macadam, qui initialement enthousiasmait, sera progressivement abandonné car trop coûteux à entretenir et surtout le macadam se révèle un gros générateur de poussières et de boues dans un Paris déjà bien sale.

 

Et pour finir un peu plus d’1/5ème des voies n’ont pas de revêtement du tout, donc la circulation y est souvent délicate et on y alterne poussières et boues à longueur d’années en fonction des conditions climatiques.

 

Ne cherchons pas le goudron, un sous produit du charbon, il n’arrivera sur les routes qu’avec le début du XXème siècle et le bitume à bon marché, non plus naturel mais sous produit cette fois de l’industrie pétrolière ne deviendra commun qu’un peu plus tard dans le XXème siècle, et avec lui, des asphaltes industriels d’une grande qualité.

 

Un progrès quand même considérable pour le piéton parisien qui a été jusqu’alors un malheureux se frayant un passage non seulement au milieu des véhicules attelés mais dans la saleté, les déjections des chevaux, les ordures, les ruisseaux de rues : la création à partir de 1818 de trottoirs réservé à son usage.

Certes les trottoirs seront longtemps étroits et rares et évidemment sales également, mais on y est préservé de la circulation des véhicules et des chevaux.

L’apparition du trottoir va de concert avec un changement de configuration de la chaussée. Jusqu’alors en légère « pente » vers le milieu de la voie où coule régulièrement le « ruisseau » de rue, la chaussée devient bombée et les « ruisseaux » de rue sont renvoyés sur les côtés en bordure des trottoirs où ils finissent par trouver une grille conduisant à une canalisation se déversant dans un égout.

Au développement des trottoirs s’ajoute l’usage imposé à partir du milieu du XIXème siècle de balayer régulièrement des « traverses » dans les rues pour que les piétons puissent trouver des endroits où passer d’un côté à l’autre d’une rue sans se salir. Malheureusement, les « traverses » n’étaient jamais longtemps praticables.

Carte postale ancienne des carrières de grès d’Erquy dans les Côtes d’Armor. Les techniques anciennes de pavage des voies sont bien décrits et connus, l’histoire de leur extraction beaucoup moins. Pour en savoir plus, c’est très bien fait : https://www.ville-erquy.com/wp-content/uploads/sur-les-traces-des-carriers.pdf

Carte postale ancienne des carrières de grès d’Erquy dans les Côtes d’Armor. Les techniques anciennes de pavage des voies sont bien décrits et connus, l’histoire de leur extraction beaucoup moins. Pour en savoir plus, c’est très bien fait : https://www.ville-erquy.com/wp-content/uploads/sur-les-traces-des-carriers.pdf

L’ECLAIRAGE, PAS SEULEMENT DE VOIE PUBLIQUE…

 

Un grand point positif en 1858, l’éclairage des voies publiques au gaz qui s’est largement répandu dans la ville depuis 1819 date de son expérimentation place du Carrousel.

A cette époque, Paris était plus ou moins bien éclairé selon les quartiers au moyen d’à peu près 13 000 lanternes à huile qui au XVIIIème siècle avaient remplacé les délicates lanternes à chandelles. L’éclairage n’avait pas seulement pour but d’aider le parisien à se déplacer de nuit dans les rues, mais avait un effet fortement dissuasif sur la délinquance. D’ailleurs, au XVIIIème siècle, cela ne rigolait pas, le bris volontaire de lanternes à huile pouvait envoyer son coupable aux terribles « galères », ces navires de guerre à rames, mus par des prisonniers enchainés.

Les lanternes à huile étaient hissées par poulie, soit sur des potences, soit sur une façade d’immeuble, soit sur des fils tendus entre 2 immeubles se faisant face, pour surplomber une rue.

Les plaques de cuivre placés derrière la chandelle et la surmontant comme un chapeau pour faire « réverbération » de la faible lueur, vont donner leur nom aux « réverbères ». Leur allumage, chaque soir et leur surveillance dans la nuit, étaient assurés par un corps d’employés progressivement assez féminisé car le métier était peu payé. Les lanternes sentaient mauvais, même si l’huile de colza, dans laquelle trempait la mèche couverte de cire, avait remplacé l’huile de tripes carrément infecte. De plus ces lanternes s’éteignaient facilement et les accidents étaient nombreux (débuts d’inendies….).

 

Au XIXème siècle, s’inspirant de l’idée non aboutie d’un français nommée Philippe Lebon qui avait imaginé faire du gaz d’éclairage à partir de la distillation du bois, un allemand, Frédéric Albert Winsor, distille du gaz de houille et éclaire le quartier de Westminster dès 1816.

L’entrepreneur intéresse Louis XVIII, une usine à gaz est construite et les premières canalisations desservent expérimentalement des hôpitaux et des bâtiments officiels comme le Palais Royal ou l’Opéra qui sont parmi les premiers à bénéficier de l’éclairage par bec de gaz.

En 1819, l’éclairage de voie publique au gaz fait l’objet d’un essai place du Carrousel et enthousiasme par sa clarté sans commune mesure avec les lanternes à huile. Bien sûr, les habituels détracteurs de tout progrès prédisent qu’il générera explosions, incendies, miasmes et misères en tout genre mais dès lors l’essor du gaz d’éclairage est inexorable.

Plusieurs usines sont construites, dans la proche banlieue parisienne, en raison des risques mais aussi des fumées des cheminées, même s’il y a eu initialement pas moins de 3 usines à gaz dans le Paris des fermiers généraux.

Grâce aux productions métallurgiques, de la révolution industrielle, des solutions techniques sont apportées pour éviter dégradations rapides et fuites sur les canalisations du réseau souterrain qui se met en place. Les tuyaux en fonte puis en tôle bitumé remplacent les tuyaux en bois goudronné ou les canalisations en terre cuite. Le réseau souterrain atteint 533 km en 1856.

Assez curieusement l’essor de l’éclairage au gaz est essentiellement le fait des particuliers aisés, des commerçants, des administrations et des bâtiments publics qui totalisent en 1856, 230 000 « becs de gaz » chez environ 20 000 abonnés, tandis que la voie publique ne compte que 15 500 « becs de gaz ». Pour des raisons techniques, le gaz n’était initialement fourni qu’en rez de chaussée, en 1859, on commence à le faire monter dans les étages.

 

Et le gaz pour d’autres applications que l’éclairage, me direz vous ?

Et bien un anglais, James Sharp, y a pensé dès 1826 où il dépose un brevet. 10 ans plus tard il monte une usine et sa cuisinière à gaz fait fureur à la grande exposition industrielle de Londres en 1851 mais il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour en voir dans les foyers français aisés. Dans le même temps apparaissent les poêles à gaz pour le chauffage, mais là aussi il va falloir attendre la fin du XIXème siècle et surtout le XXème.

D’une manière générale, le XIXème siècle est prioritairement la grande époque des poêles à bois et à charbon, qui se perfectionnent tant pour la cuisine que pour le chauffage, tandis que les coûts baissent grâce à la production de masse, les rendant accessibles aux classes populaires.

 

Notons que l’électricité évoque déjà quelque chose dans l’esprit des citoyens les plus éduqués, mais on va vraiment commencer à en parler après l’exposition internationale d’’électricité qui se tient à Paris en 1881

 

 

L’APPROVISIONNEMENT EN EAU

LES AUTRES APPROVISIONNEMENTS (Alimentation, chauffage et cuisson, circuits commerciaux)

Ces deux sujets étant liés à l’activité professionnelle de Gérard, porteur d’eau principalement, mais aussi scieur et porteur de bois de chauffage, seront abordés dans un article ultérieur.

Il en est de même de l’alimentation qui sera abordé avec l’examen du régime alimentaire de la famille de Gérard et Elisabeth.

L’EVACUATION DES DECHETS

 

Il faut distinguer les ordures ou immondices jetés par les particuliers ou les artisans et industriels et qu’on appellerait aujourd’hui « ordures ménagères » ou « déchets industriels » produits par la vie et l’activité de tous les jours, des eaux usées et pluviales et des déjections animales et humaines.

 

Le Paris du XIXème siècle doit évacuer -les déjections animales provenant des chevaux en écurie lors de leur repos, en principe nocturne, -les déjections des vaches en étable de ville, et oui, le lait d’une partie des parisiens est produit sur place dans des étables où jamais au cours de leur vie, les vaches ne quittent leur attache, les animaux destinés à l’alimentation carnée qui arrivent sur pied dans les abattoirs parisiens, se soulagent sur la voie publique et restent également  en parc de stockage quelques heures à quelques jours.

Les évacuations de déjections animales recueillies en espaces clos ne posent pas de problèmes particuliers car il existe un marché du fumier, avec des cours selon sa qualité. Les maraichers parisiens et de proche banlieue, spécialistes des primeurs sur couches chaudes et du hors saison cher, quel qu’il soit, achètent sans sourciller le meilleur et plus cher, le fumier de cheval. En général, chaque matin, la charrette qui a conduit la production maraichère aux Halles passe par une écurie où elle est « abonnée » et rentre chargée de fumier. Les maraichers non primeuristes, quelques parisiens mais essentiellement ceux de proche banlieue, achètent et évacuent le reste.

 

Je n’entre pas dans la question des déchets artisanaux et industriels de la grande ville artisanale et industrielle qu’est Paris, elle nécessiterait un livre, mais disons que l’on est dans une époque où on balance sans compter ce à quoi on ne trouve plus d’usage, que ce soit dans la rue, dans les cours d’eau, sur des terrains vagues et c’est ainsi depuis l’Antiquité.

 

Les ordures ménagères sont essentiellement constituées de déchets de nourriture, de débris d’objets cassés, détériorés, usés et non réparables et de chiffons, débris de vêtements et linge de maison usé jusqu’à l’inutilisable, ainsi que des cendres de cheminée et poêle et des poussières de balayage de l’intérieur. On les sortait réglementairement à la nuit tombée et jusqu’à l’aube.

C’est ici qu’intervient la caste des chiffonniers. Comme leur nom l’indique, en volume, ce qu’ils ramassent le plus ce sont les chiffons. Pourquoi les chiffons ? Prioritairement parce que jusqu’à la fin du XIXème siècle, le papier se fait avec des vieux chiffons, essentiellement du chanvre et du lin, pour ce qui est de la France, même si le siècle avançant on aura également du coton.

Or tout au long du XIXème siècle, grâce à l’invention fin XVIIIème d’un français complètement oublié Louis Nicolas Robert, la production de papier peut passer du stade artisanal au stade industriel grâce à la mécanisation.

Les conséquences sont énormes : le prix du papier baisse, les livres et les journaux aussi et l’écrit cesse d’être un produit apanage d’une caste de privilégiés. Avant même l’école gratuite et obligatoire, le nombre d’Occidentaux sachant lire et écrire progresse rapidement tout au long du XIXème siècle.

Mais si on produit beaucoup plus de papier, et de plus en plus, il faut aussi beaucoup plus de chiffons. Plus de chiffons, cela est également rendu possible par l’industrialisation des productions textiles au XVIIIème-XIXème qui entraine des baisses de coûts de tous les tissus, d’abord dans les villes, où les gens modestes peuvent désormais acheter plus souvent des vêtements comme du linge de maison. L’évolution est d’autant plus importante que lorsqu’on dispose de suffisamment de linge pour en changer assez régulièrement, cela signifie aussi que ce linge est plus souvent lavé, que la vermine recule et l’hygiène gagne.

Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que face à la demande tous les jours plus accrue de papier, on mette au point des technologies issues des travaux de chimistes permettant d’utiliser la cellulose des arbres.

Secondairement parce que le chiffon de laine est recherché et utilisé dès le XVIIIème siècle en Angleterre, et plutôt dans la 2de moitié du XIXème siècle en France grâce à l’industrialisation de la technique de l’effilochage des vieilles laines qui permettent de produire des tissus de très bonne qualité en ce qu’on appelle parfois « la laine-renaissance ». On en fait du drap, des chapeaux, des chaussons

Les chiffonniers ramassent les chiffons, mais aussi les débris de métaux, les débris de porcelaine, de cristal, de verre blanc qui se recyclent, les os, déchets de repas, dont on fait des objets comme des boutons ou qu’on calcine pour faire le « noir animal », les papiers et cartons usagés qui vont également alimenter les papeteries, certains cadavres de chiens et de chats en bon état pouvant valoir encore auprès de l’équarrisseur. Des détritus alimentaires trouvent également à être revendus soit à des restaurateurs de « bouillons » à bas prix, soit à des engraisseurs de porc de proche banlieue,Une hiérarchie existe au sein de la profession.

Les chiffonniers écoulent directement une petite partie de leurs récoltes notamment ce qui est périssable, mais revendent l’essentiel de leurs trouvailles à un maître-chiffonnier, souvent ancien chiffonnier qui a réussit, et qui possède une petite entreprise de tri avec 5 à 10 employés. Après tri, parfois lavage comme pour les chiffons qui doivent être très propres, le maître-chiffonnier met en balles ou en caisses et revend à un négociant. Souvent spécialisé dans un produit, le négociant revend à son tour la « matière première » à l’industriel qui va la transformer.

En 1851, le chiffonnier de Paris étudié par Frédéric Le Play dans une monographie gagne un peu plus de 2 fr par jour travaillé, soit sur 330 jours dans l’année auquel s’ajoute quelques récupérations : légumes, des vêtements, du tabac et l’essentiel du chauffage du logis familial de 18m2 en morceaux de bois et débris de houille ramassés sur la voie publique. Il tire 15 fr les 100 kg de porcelaine et cristal, 10 fr en moyenne les 100 kg d’os, 8 fr les 100 kg de vieux papier, 5 fr les 100 kg de verre blanc, et entre 2 fr et 8 fr les 100 kg de chiffons selon leur qualité. Il fournit également des croûtons de pains ramassé à un nourrisseur de porc pour 5 fr les 100 kg.

 

Quand sont passés les chiffonniers, qui ont l’obligation de remettre en tas, le tas qu’ils viennent d’éparpiller en fouillant, ils restent des débris non marchandables, les saletés de balayage et les cendres.

C’est là qu’interviennent les riverains qui ont l’obligation de balayer tous les jours la portion de rue en face de chez eux. Bien évidemment cela est le plus souvent délégué à des concierges ou des occupants pauvres de l’immeuble, le plus souvent des femmes, qui reçoivent du propriétaire quelques sous pour le faire. Vers la fin du siècle, cela deviendra une tâche d’un corps d’ouvriers municipaux, mais ce n’est pas encore le cas.

Et là, les tas épaississent considérablement car au reliquat des ordures ménagères s’ajoutent les déjections des chevaux, parfois des déjections humaines, de la boue et des fragments provenant de certaines portions de chaussée et de sa dégradations, les limailles de fer provenant des fers des chevaux et des roues cerclées, les eaux usées des immeubles… L’usage est de faire des tas dans des endroits usuels d’une voie et les boueurs et leurs tombereaux entrent en scène…

 

Les boueurs, on ne dit pas éboueurs, sont des gens qui ramassent en vrac ces tas, les chargent dans leurs tombereaux et conduisent les matières en banlieue où ils sont revendus à des agriculteurs pour fertilisation des champs. Ces boues ne sont aucunement une matière « noble » en matière de fertilisation comme l’est le fumier de cheval, mais elles ont une bonne efficacité et une clientèle sûre.

LES EGOUTS

 

Le réseau d’égouts s’est étoffé dans la première moitié du XIXème.

23 km en 1806 selon Armand Husson, essentiellement quelques petits réseaux qui rejoignent la Seine au sud et au nord plusieurs conduites qui se déversent dans le « grand égout » qui évacuait les eaux usées du nord parisien selon un trajet décrivant un arc de cercle un peu en avant des actuels grand boulevards pour se jeter dans la Seine entre les actuels ponts du Trocadéro et de l’Alma, juste un peu en amont de la pompe à feu (à charbon) de Chaillot, qui puise les eaux de la Seine depuis 1781 pour alimenter en eau « potable » une partie des fontaines parisiennes, via un système de réservoirs. On y reviendra.

En 1856, le réseau d’égouts atteint 163 km et il se déverse toujours… dans la Seine !

Et n’oublions pas quelques gâteries venues de la toute proche banlieue comme le cours d’eau de la Bièvre infect et horriblement pollué par diverses industries (90 intra muros) dont la manufacture des Gobelins, et qui se jette dans le fleuve au nord et au sud du Jardin des Plantes, c’est à dire relativement en amont du Paris de l’époque. C’est la population ouvrière installée de part et d’autre de la Bièvre qui paiera le plus lourd tribut à la 2ème épidémie de choléra en 1849.

Carte postale ancienne : la Bièvre et ses tanneries

Carte postale ancienne : la Bièvre et ses tanneries

Dieu merci, à côté de Londres à la même date, Paris est une ville en retard en matière de « confort moderne ». Non seulement, l’adduction d’eau dans les domiciles est encore marginale, mais le réseau d’égout reste embryonnaire, et, surtout il n’y a pas de « tout à l’égout », ni de latrines « à chasse d’eau ».

Pourquoi « Dieu merci » ? Récapitulons :

 

Pas de « tout à l’égout » à Paris, cela veut dire que les latrines des immeubles parisiens (sauf quelques raccords sauvages) ne se déversent pas dans les égouts.

 

Les égouts parisiens avant le « tout à l’égout » qui n’arrive qu’à la fin du XIXème c’est à dire après Haussmann, qui n’y est pas favorable recueillaient :

-les eaux pluviales, jusque là tout va presque bien,

-les eaux des « plombs » des immeubles, il s’agit des eaux ménagères des habitants pour lesquels il existe en principe à chaque étage d’immeuble un récipient relié à une canalisation qui descend au pied de l’immeuble. Ce n’est pas très propre en soi, mais nombreux sont ceux qui y jettent également à la dérobée le pot de chambre, tout au moins les urines. Petit à petit au cours du XIXème, ces eaux des plombs d’immeubles sont reliées directement au réseau d’égout au fur et à mesure que ce dernier s’étoffe.

-les eaux de nettoyage des rues, alimentées par l’ouverture régulières à plein débit des fontaines publiques situées sur des points un peu surélevés, justement pour lessiver la chaussée. Ces eaux sont infâmes tant en raison des boues résiduelles, les boueurs n’enlevant que le plus gros, de tout ce qui est jeté sur la voie publique mais surtout ce qui n’est pas ramassé des déjections innombrables des chevaux, écrasés sous les roues des véhicules qui se succèdent.

-les eaux industrielles ou artisanales, quand elles ne sont pas renvoyées dans des puisards polluant le sous sol, et rappelons à quel point le Paris de ce temps est une grande ville industrielle affreusement polluée.

 

Attention, il faut être bien clair, avant de gagner une des encore rares « bouches » d’égouts, ces eaux errent le plus souvent un certain temps par une série de « ruisseaux de rues » et il va en être ainsi jusqu’à l’achèvement du grand réseau d’égouts conçu par Eugène Belgrand, ingénieur des Ponts et Chaussées et à partir de 1854, directeur du service des eaux et des égouts du Préfet Haussmann. Il faut attendre la fin du siècle pour que les « raccords » soit complets pour les eaux des immeubles et que toutes les rues soient équipées de suffisamment de « bouches » pour les eaux pluviales

 

Tous les bâtiments possèdent des fosses d’aisance, plus ou moins étanches certes, mais qui sont vidangées régulièrement et strictement de nuit entre 23h et 5h par des vidangeurs qui emmènent les bouillons d’urine et excréments mêlés dans ce qu’on appelait alors une « voirie ». C’est marrant comme les mots ont pu changer de sens…

Les produits des voiries, urines et matières sèches étaient ensuite valorisés, essentiellement « poudrette » un engrais obtenu par décantation et séchage du bouillon, mais aussi de l’ammoniaque obtenu à partir de l’urine, très utilisé dans le traitement des fibres textiles ou dans la tannerie, puis comme engrais.

La principale voirie à latrines et progressivement pour Paris, la seule, était celle de Montfaucon. Y était connexe le centre d’équarrissage de Paris qui recevait les chevaux mais aussi les chiens et chats et exploitait leurs déchets, peaux, os, sang, graisses, crins, dans des conditions d’insalubrité impensables aujourd’hui

La voirie se trouvait à peu près à l’actuelle place du Colonel Fabien jusqu’un peu avant la révolution française, époque à laquelle elle est déplacée quelques centaines de mètres au nord est, un peu au-dessus des Buttes Chaumont, alors carrières https://www.persee.fr/doc/rjenv_0397-0299_1983_num_8_3_1850 et on continue à l’appeler voirie de Montfaucon.

Remarquons qu’une partie des liquides des bassins de décantation de la voirie repartaient par un conduit de plomb vers la Seine à hauteur du pont d’Austerlitz…

La voirie de Montfaucon, même déplacée au delà des Buttes Chaumont, empuantissait tellement l’est parisien et bien plus loin, selon les vents, qu’on la déplace définitivement sur le site de Bondy en 1849. Les vidangeurs conduisent alors les contenus des vidanges au port d’embarquement de la Villette pour le transfert à Bondy qui devient à son tour un lieu pestilentiel.

 

C’est un noble anglais, John Harington, courtisan de la reine Elisabeth 1er, mais aussi écrivain poète, qui invente en plein XVIème siècle anglais, le principe des latrines avec chasse d’eau, l’eau étant contenu dans un récipient placé en hauteur et étant libéré grâce à un mécanisme à valve et permettant de « pousser » les matières solides.

Entendons nous bien, je parle uniquement des demeures aisées où les latrines sont un coffre ou un siège plus ou moins raffiné dans lequel est enchâssé un récipient qui est raccordé à un conduit d’évacuation allant soit vers un petit cours d’eau, soit vers une fosse d’aisance. Le système de Harington reste confidentiel.

En 1775, un fabricant de montres Alexander Cumming, améliore le système et résout le problème des « odeurs », en intégrant dans l’évacuation de la cuvette, un conduit en forme de S qui retient de l’eau, bloquant le retour des odeurs après avoir « tiré la chasse ». L’invention s’accompagne d’une habitude d’enfermer les latrines, non plus derrière quelques tentures mais dans une petite pièce fermée dédiée à cet étage, et raccordée à une alimentation en eau. Cela devient le « water-closet » (placard à eau), les WC…

 

Voilà pourquoi je commençais ce paragraphe au sujet du retard français par « Dieu merci » !

En effet, malheureusement pour eux, au XIXème siècle, les anglais sont très en avance sur les français, car non seulement le réseau d’égout londonien est remarquablement bien avancé mais les londoniens ont adopté le « tout à l’égout » dès le milieu du XIXème siècle et tous les égouts déjà construits se déversent dans la Tamise.

Or la ville de Londres est également très en avance en matière d’adduction d’eau et la quasi totalité des immeubles de la ville sont desservis, au moins en rez de chaussée, l’eau parvenant même souvent à « monter » au 1er ou 2ème étage, car on a déjà résolu des questions de pression.

Comme les londoniens riches voir même aisés sont déjà en cours d’adoption des latrines avec chasse d’eau et qu’ils ont presque tous l’eau courante, ils en usent allègrement pour évacuer leurs excréments qui partent à gros bouillons dans la réseau d’égouts, vers la Tamise.

Déjà guère propre avant, le fleuve se transforme au cours de la première moitié du XIXème en un égout à ciel ouvert dont la puanteur devient insoutenable à la belle saison, faisant fuir les rives du fleuve.

L’épisode le plus marquant sera ce qui a été appelé « The great stink of London » (la grande puanteur de Londres) durant la canicule de l’été 1858.

Pire, au XIXème, la majeure partie de l’eau distribuée dans Londres est pompée dans la Tamise et pour certaines compagnies privées le pompage se fait assez en aval du cours du fleuve où la pollution est maximale, or les systèmes de filtration s’ils existent déjà, sont loin d’être toujours performants. D’autant que si on sait déjà à peu près analyser la présence d’un certain nombre d’éléments chimiques dans l’eau, on ne connait pas encore les virus et les bactéries, même si certains scientifiques soupçonnent déjà quelque chose. Il fallait mieux boire de la bière…

AUX ORIGINES DE LA RATP… ET DES TAXIS PARISIENS…

 

Même s’il a été précédé par l’aventure du mathématicien et philosophe Blaise Pascal qui, au XVIIème siècle, fait fonctionner pendant quelques années à Paris un service de transport en commun dont le Parlement de Paris, une émanation de la haute aristocratie, avait restreint l’accès aux aristocrates et bourgeois, c’est à un ancien colonel d’Empire que nous devons « l’invention » moderne des transports en commun parisien au XIXème siècle.

Ce dernier, Stanislas Baudry avait créé en 1826 une toute petite entreprise de transports en commun à Nantes : 2 voitures de 16 places tirées par 3 chevaux et 2 lignes. Une des lignes avait son départ face à la boutique d’une chapelier du nom d’Omnes, qui avait une enseigne « Omnes Omnibus » (Omnes pour tous) que la plupart des gens devaient comprendre à l’époque car tout le monde avait au moins des notions de latin de messe.

C’est de là que les passagers ont pris l’habitude de dire qu’ils prenaient l’omnibus.

Devant son succès à Nantes, en 1828, Stanislas Baudry obtient du préfet de Police de Paris l’autorisation de créer plusieurs lignes dans la capitale et fonde l’Entreprise Générale de l’Omnibus. C’est un succès immédiat et d’autres compagnies se créent.

 

Mais Stanislas Baudry n’aura pas de chance. Depuis 1827, une crise frumentaire couve en France en raisons de mauvaises récoltes dues à des années trop pluvieuses. Remarquons que la crise affecte aussi l’industrie textile encore largement dépendante des plantes textiles françaises. L’hiver rigoureux de 1829-1830 aggrave la situation et provoque une disette, des émeutes et une crise économique qui mènera à la révolution de juillet 1830.

Pour Stanislas Baudry, c’est la catastrophe, il ne peut faire face à la flambée du prix des foins et des avoines qui nourrissent ses chevaux. Il fait faillite et se suicide en février 1830.

Les compagnies concurrentes sont bien sûr affectées aussi, mais l’économie repart dans les années qui suivent et le transport en commun de voyageurs également. Le nombre de Compagnies de transport explose, celui des lignes aussi, et la ville de Paris n’est pas toujours bien desservie car des Compagnies concurrentes peuvent se mener une concurrence acharnée sur des trajets similaires très rentables et ignorer totalement certains secteurs de la ville, jugés non rentables comme l’est parisien. L’ouest est mal desservi également, mais la plupart de ses résidents aisés ne se déplacent guère avec la populace. Ils ont leur voiture ou prennent un fiacre.

Plan du réseau d’omnibus en 1840, source blog « attelage-patrimoine.com, où il y a un millier de choses à découvrir : https://www.attelage-patrimoine.com/search/omnibus/

Plan du réseau d’omnibus en 1840, source blog « attelage-patrimoine.com, où il y a un millier de choses à découvrir : https://www.attelage-patrimoine.com/search/omnibus/

 

En 1855, le baron Hausmann met un coup de pied dans la fourmilière et impose la fusion de toutes les sociétés d’omnibus en une seule « Compagnie Générale des Omnibus ». Il s’agit cependant d’une société anonyme à actions, où les dirigeants des anciennes sociétés reçoivent une part d’actions proportionnelle à leur importance commerciale avant la fusion.

La nouvelle Compagnie regroupe alors 3285 chevaux et 569 voitures, mais le nombre des chevaux atteint 4000 dès 1857.

Les voitures sont majoritairement d’un ancien modèle à 17 places, sans impériale, et sont complètement modifiées ou remplacées en 5 ans par un modèle à 24 places dont 12 places en impériale auxquelles on accède par une échelle arrière. Deux chevaux tractent ces voitures. Dès 1856, un réseau cohérent de 25 lignes est mis en place. A raison de 6 km en moyenne par ligne, elles desservent 150 km de voies dans le Paris des fermiers généraux, mais on a également des lignes qui vont et viennent de banlieue. Le service débute à 7h00 du matin et s’achève vers minuit. La vitesse moyenne sur les lignes est de 7,5 km/h.

 

A partir des années 1850 débute une expérimentation de circulation des voitures sur rail encastré dans la chaussée pour ne pas gêner les autres usagers. Bien entendu, ce sont toujours des chevaux qui tractent, mais le rail supprime les secousses pour les voyageurs et permet aux chevaux de tracter des voitures plus grandes et plus lourdes, du fait de la moindre résistance à la traction par rapport aux revêtements de l’époque. Mais cela reste très marginal, la grande époque des voitures sur rail est pour la fin du siècle et on adoptera le mot anglais de « tramway » (tram : en anglais dialectal désignait les deux bras d’une brouette ou d’une charrette d’où peut-être une analogie avec les rails parallèles)

 

Les chevaux sont de lourds traits percherons, ardennais, bretons, achetés à 4-5 ans pour un prix moyen de 900 fr en 1860. Ils travaillent environ 5 à 6 ans, rarement au delà, en raison de la pénibilité et sont alors revendus en réforme 350 fr. Ceux qui décédaient étaient vendus 50 fr à l’équarrisseur. Les chevaux étaient logés dans Paris et à l’extérieur dans de vastes écuries souvent sur plusieurs niveaux avec d’immenses greniers pour les fourrages et toute une infrastructure pour leur soin, palefreniers, maréchaux ferrants, vétérinaires, compte non fait d’un important personnel chargé de l’entretien, du nettoyage, graissage ou réparations des voitures et des harnais, etc…

Et un mot de ces employés qu’on appelait les « côtiers » chargés de conduire des chevaux de renfort pour compléter localement les attelages dans des lieux de Paris en pentes légères (mais pas dans les pentes fortes), car Paris n’est pas une ville si plate que cela.

Vers 1860, la ration d’un cheval coûtait plus ou moins 2,20 fr /jour et se composait de 8 kg d’avoine, 1 kg de son, 4 kg de foin et 4 kg de paille pour la litière.

Un palefrenier gagnait 3 fr /jour en 1860, un cocher de la CGO, je n’ai pas trouvé mais je sais que lorsqu’éclate la grande grève des cochers de la Compagnie des Omnibus en 1891, on découvre qu’ils gagnent 5,75 fr pour 16-17 heures par jour de travail, dehors par tous les temps, leurs seules courtes pauses étant aux changements de chevaux effectuée toutes les 4h. Compte tenu des indices d’augmentation des salaires sur la 2de moitié du XIXème, cela aurait pu faire un salaire 4 fr environ en 1860. Les chevaux étaient mieux traités que les humains.

Salaire et temps de travail des cochers suscitent alors un grand mouvement de solidarité dans la classe ouvrière parisienne mais assez étonnamment ils seront également soutenus médiatiquement et surtout financièrement par des aristocrates passionnés par l’art de l’attelage.

 

Pour les clients, en 1855 et pour les 30 années qui suivent, le prix du trajet est de 0,30 fr pour voyager à l’intérieur, avec le droit pour le même tarif d’emprunter une correspondance et était de 0,15 fr pour voyager sur l’impériale, mais sans droit de prendre une correspondance.

 

Pour les gens plus aisés, il existait également un service privé de voitures, fiacres, cabriolets, berlines… qui sont les ancêtres de nos taxis. Sans entrer dans les différentes catégories très complexes, ni les multiples changements de réglementation, disons qu’on avait d’un côté les « voitures de place », qui moyennant redevance, pouvaient stationner sur la chaussée à des emplacements définis et qui sont les ancêtres de nos stations de taxis, et des « voitures de remise » stationnées dans des garages ou cours privées et qui étaient louées à la demande, parfois pour une course spécifique mais plus souvent à la journée ou pour des durées plus longues.

2600 de ces véhicules sont répertoriés à Paris en 1853.

Les tarifs des voitures de place étaient réglementés et fin 1857, le tarif de journée de la course d’un fiacre de place à 2 places passe à 1,25 fr, l’heure d’attente à 1,75 fr. Pour une voiture à 4 places, il en coûte 1,40 fr la course et 2 fr l’heure d’attente. En nuit, c’est un peu plus cher.

Les voitures de remise étaient plus libres de leurs tarifs et cela variait selon la taille, le luxe et le nombre de chevaux d’attelage et bien sûr le ou les trajets envisagés. Une voiture de remise «moyenne » se louait à peu près 30 fr par jour fin des années 1850.

On comprend que ce mode de déplacement ne concernait qu’une minorité de parisiens.

PARIS AU COEUR D’UN RESEAU DE CHEMINS DE FER EN ETOILE

 

En 1837, la première ligne Parisienne de chemin de fer est celle de Paris à Le Pecq, prolongée jusqu’à Saint Germain en Laye en 1847. Les trains partent d’un modeste « embarcadère » comme on disait à l’époque, appelé embarcadère de l’Ouest, cela deviendra la gare St Lazare.

Ce n’est pas la première ligne de chemin de fer de France, encore moins la première d’Europe, les anglais ont 20 ans d’avance.

Mais le retard de Paris en matière de chemins de fer ne va pas durer. En 1834, le polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussée, Alexis Legrand devient directeur général des ponts et chaussées et mines du royaume, puis en 1837 sous secrétaire d’Etat aux Travaux Publics.

C’est sous son autorité qu’est élaboré en 1842 la loi relative à l’établissement des grandes lignes de chemin de fer en France sous le régime de la concession à des sociétés privées, avec en priorité la création d’un système de voies en étoile depuis Paris appelé par les spécialistes de l’histoire du chemin de fer « l’étoile de Legrand ».

 

Industriels et financiers encouragés par les succès des premières lignes commerciales se lancent dans la création de compagnies et transforment en quelques années la région parisienne et toute la France en un vaste chantier du chemin de fer avec une armée de milliers de travailleurs mobiles au gré des travaux.

Une grande partie des travaux ne nécessitant guère de qualification comme les terrassements, et des terrassements, il faut en faire à l’infini car le train (comme les chevaux), cela n’aime pas les pentes, les journaliers des campagnes désertent volontiers pour des salaires qui sont le double ou le triple de leurs maigres journées à 1 fr ou 1 fr 50. Certains maires de département pauvres s’en émeuvent et demandent même des restrictions à la délivrance de passeports de circulation.

La France ne comptait en 1841 que 548 km de voies ferrées, elle en compte 9400 en 1860 et en comptera 30 000 en 1885, le rythme 1849-1891, c’est même 750 km de voies construites chaque année.

2. Porteur d'eau à Paris, 1858, la vie d'un ancien berger du Cantal. A la recherche du réel...

Inutile de se lancer dans une énumération des ouvertures de lignes ou de création des gares, d'autres l'ont très bien fait, disons simplement qu’à l’époque qui nous intéresse 1858, toutes les gares parisiennes que nous connaissons aujourd’hui sont déjà en place, même si sur le plan architectural, nous ne trouvons qu’une partie des bâtiments d’époque.

 

« Le courrier des chemins de fer », une revue hebdomadaire qui dans les années 1850-60, répertorie les horaires de tous les trajets en chemin de fer au départ de Paris, pour la France, ou l’étranger et parfois les trajets en bateau au delà, nous indique en décembre 1858  les 5 horaires de départ quotidien pour Clermont-Ferrand en partant depuis la gare du chemin de fer d’Orléans, qui très transformée deviendra la gare Montparnasse. Enfin… 2 des ces trains, dont le seul express quotidien qui part à 8h30, sont exclusivement des 1ère classe. Pour les gueux, c’est 7h, 10h, 15h. Les trains « normaux » font le trajet en 13 heures

On sait aussi qu’il en coûte pour un Paris-Clermont-Ferrand : 50,10 fr en 1ère classe, 37,50 fr en 2ème, 27,50 fr en 3ème.

C’est encore un peu cher si l’on considère que le même journal nous apprend qu’aller à New York via Le Havre, en prenant le train à Paris, coûte 400 à 500 fr en 2ème classe (pas de 3ème ?) et que le trajet dure de 11 à 15 jours.

Il est vrai qu’on pouvait aller s’aérer en passant un dimanche à Charenton pour 0,30 fr le trajet en 3ème classe, dernier train de retour le soir à 21h48.

 

 

L’HABITAT

 

Illustration de Bertall (1820-1882) parue dans « Le diable à Paris » ouvrage décrivant la vie Parisienne et les parisiens en 1845 rédigé par un collectif d’auteurs (source BNF).  On retrouve cette coupe d’un immeuble parisien sur certains sites avec la légende « d’immeuble Hausmannien ».  L’illustration  n’est pas à proprement parler celle d’un immeuble Hausmannien qui comporte rez de chaussée + 5 (ou 6) étages + combles, avec balcon filant au 2ème et 5ème étage mais ce que l’on appelle un immeuble pré-Hausmannien. Le balcon filant au 1er étage évoque un immeuble 1er empire ou monarchie de Juillet.

Illustration de Bertall (1820-1882) parue dans « Le diable à Paris » ouvrage décrivant la vie Parisienne et les parisiens en 1845 rédigé par un collectif d’auteurs (source BNF). On retrouve cette coupe d’un immeuble parisien sur certains sites avec la légende « d’immeuble Hausmannien ». L’illustration n’est pas à proprement parler celle d’un immeuble Hausmannien qui comporte rez de chaussée + 5 (ou 6) étages + combles, avec balcon filant au 2ème et 5ème étage mais ce que l’on appelle un immeuble pré-Hausmannien. Le balcon filant au 1er étage évoque un immeuble 1er empire ou monarchie de Juillet.

Selon cette illustration, l’habitat parisien du XIXème siècle est stratifié de bas en haut des immeubles selon ce schéma :

Les rez de chaussée étaient occupés soit par des boutiques, soit par des loges de concierges. 1er et 2ème étage étaient les étages nobles et bourgeois. Le 3ème étage était habité par des employés ou des ouvriers aisés ou de petits rentiers.

Au 4ème voir au 5ème s’il y en avait un vivaient les ouvriers plus modestes, les domestiques, ou des gens pauvres, mais pas suffisamment pauvres pour finir dans les garnis des miséreux.

 

Du moins, cette image d’Epinal ayant été popularisée, c’est ce que l’on peut lire un peu partout sur l’habitat parisien au XIXème siècle…

 

En fait, il me semble qu’il faille relativiser cette description qui, en 1845, n’est réellement adaptée qu’à un nouveau type d’immeuble, les « pré-Haussmannien », qui se construisent sur des grands axes bien aérés à partir du 1er empire, les travaux de transformation de Paris ayant réellement commencés à cette époque avec le préfet de la Seine Frochot (1800-1812) puis le préfet Gaspard de Chabrol qui reste 18 ans en place jusqu’à la fin de la restauration (1812-1830) et mériterait pour son oeuvre au moins autant de notoriété que Rambuteau, le préfet de la monarchie de Juillet (1833-1848).

 

En fait ni le Paris de 1845, ni celui de 1858 ne correspond véritablement à cette illustration de Bertall…

Les enquêtes de salubrité publique, les cartographies de l’impôt foncier, l’examen des parcellaires et de leurs bâtis plus ou moins saturés ou plus ou moins aérés sur le cadastre Parisien http://archives.paris.fr/r/138/plans-parcellaires/ comme les comptes rendus relatifs à la mortalité de l’épidémie de choléra de 1832 qui frappe massivement les parisiens modestes dévoilent davantage une stratification sociale horizontale que verticale.

Il y a les quartiers riches et plus souvent que dans des immeubles, on y vit dans des hôtels particuliers avec au minimum une petite cour intérieure. Certains hôtels particuliers sont somptueux avec un parc. On trouve majoritairement ces résidences dans l’ouest parisien même s’ils subsistent des ilots résidentiels riches à l’est, comme le Marais. Si on y trouve des gens modestes, ce sont des domestiques le plus souvent logés par leurs employeurs, ou un artisanat de services, mais de grande qualité qui répond aux besoins locaux.

La plupart des industries que l’on trouve dans les quartiers riches sont des industries dont la clientèle est aisée, qu’il s’agisse à proprement parler d’objets ou de vêtements de luxe, ou ayant un caractère utilitaire comme les fabricants de voitures attelées plus particulièrement nombreux sur le Ier arrondissement (8ème). Une partie au moins de la population ouvrière, les spécialistes très bien payés ou des responsables qualifiés que l’on appelait aujourd’hui contremaitres, travaillant dans ces industries, logeaient à proximité, ayant les moyens de s’éviter les trajets quotidiens.

Et Paris compte également un parc de maisons élégantes d’un ou deux étages, entourées de petits jardins, notamment celles bâties lors des programmes immobiliers de prestige des années 1810 à 1850.

 

Les beaux immeubles pré-Haussmanniens qui correspondent effectivement à peu près à l’immeuble de l’illustration de Bertall en 1845, sont des constructions, qui à cette date sont assez récentes et édifiées uniquement sur certains grands axes bien dégagés, parfois percés sur ordre du préfet Rambuteau, prédécesseur d’Haussmann.

On en trouve également sur le nord ouest de Paris dans les quartiers de la finance et des fabricants d’articles de luxe.

Dans ce nouveau type d’immeuble, qui ne connait pas encore d’ascenseurs, pour cela il faudra attendre la fin du siècle… les étages élevés, plus pénibles d’accès, seront souvent occupés par des employés et domestiques des foyers aisés habitant les étages inférieurs auquel cas ce n’est pas une stratification sociale verticale aléatoire mais au moins en partie, un prolongement dans l’habitat des dépendances de travail.

Les chambres de bonnes des immeubles Hausmannien qui existaient encore dans la Paris de la 2ème moitié du XXème en était le leg, mais ces chambres n’étaient pas au 5ème étage, apprécié dès la fin XIXème en raison de son balcon filant et des vues qu’il offrait, mais dans les combles, éclairés par des lucarnes ou de simples chassis de toit.

 

Il y a également tout un Paris industriel et ouvrier plutôt à l’est, au nord et au sud. Plus on approche du mur des fermiers généraux, plus on y trouve des bâtiments sur un, deux ou trois  niveaux, rarement plus, qui abritent des artisanats et entreprises divers, souvent polluantes, presque toujours bruyants.

Les ensembles immobiliers sont communément construits sur cours ou terrains vagues mais ne nous trompons pas, ce ne sont pas des jardins mais des lieux de stockage ou parfois de dépôts temporaires ou durables de déchets. Ce sont des lieux où on travaille mais les logements ouvriers y sont nombreux et côtoient ceux des petits patrons ou artisans à leur compte, pas forcément beaucoup mieux lotis.  Et les immeubles de 5 ou 6 étages y sont encore rares, on y vit plutôt dans de grosses maisons vétustes découpées en petits logements d’une pièce ou deux.

 

 

Et il y a les quartiers pauvres et populaires, la plus grande partie du vieux Paris central où on est modeste voir pauvre du premier au dernier étage, le rez-de-chaussée étant souvent commerçant, siège d’un artisan ou lieu de stockage. Lors de l’épidémie de choléra de 1832, la moitié de la population parisienne, et c’est bien entendu la moitié la moins aisée, vit sur un 1/5ème de la superficie de Paris, dans les vieux quartiers, si ce n’est médiévaux, du moins des siècles passés.

 

Le cas du quartier des Halles et de sa périphérie est un peu particulier. Dans les mêmes immeubles vieux sinon vétustes vivent effectivement toute une petite bourgeoisie industrielle et commerçante, principalement celle des métiers de « bouche », en principe au premier étage, le rez-de-chaussée étant occupé par les pièces servant à la transformation de la nourriture et au commerce, et les employés et domestiques du même commerce vivent dans les étages supérieurs, ségrégation verticale à caractère utilitaire. Mais on y trouve aussi quelques logements d’ouvriers ou de journaliers.

2. Porteur d'eau à Paris, 1858, la vie d'un ancien berger du Cantal. A la recherche du réel...

Un examen des photos de la collection Charles Marville (1813-1879) est assez révélateur. A partir de 1858, Marville, photographe très en vue de la haute société du second Empire est commissionné officiellement photographe de la ville de Paris. A ce titre, il va réaliser plusieurs centaines de clichés de Paris et notamment de très nombreux clichés de rues promises à la destruction par les grands travaux. Ces vues nous donnent un aperçu des immeubles du Paris ancien et en les égrenant, on comprend très vite que dans le vieux Paris, on ne trouve quasiment pas d’immeuble où on puisse imagine croiser noblesse et haute bourgeoisie.

Le cas extrême était sans doute l’île de la Cité, si on excepte le secteur du quai des Orfèvres, quelques bâtiments officiels et la cathédrale Notre Dame d’ailleurs étouffés dans le tissu urbain, la petite ile était un sinistre entrelacs de vieux immeubles et de maisons datés de plusieurs siècles et parfois plusieurs fois rehaussés. Elle était devenu un vaste logis de miséreux ponctué de « bouis-bouis » infâmes qui en faisait, la nuit, un coupe-gorge. Dans la décennie 1860, Hausmann fera raser les 2/3 des bâtiments et la population de l’ile chutera de 21 000 à 11 000 habitants entre 1861 et 1866.

Pour les photos de Charles Marville, un très beau site à explorer pour ceux que cela intéresse, celui de Laurent Gloaguen : http://vergue.com/category/Auteurs/Charles-Marville/Vues-de-Paris. Pour précision Charles Marville ne photographiait pas des rues vides, mais les temps de pose atteignent encore dans les 15 mn ne fixant que les rares personnes immobiles aussi longtemps, par exemple quelqu’un d’assis.

 

Dans ces immeubles anciens coincés dans les rues étroites où vivent majoritairement les classes ouvrières et les pauvres, selon les capacités financières, les logements se limitent à une ou deux pièces, rarement 3.

A partir de 2 pièces, la seconde est souvent bien exiguë. Ce ne sont d’ailleurs pas toujours des pièces communicantes, il faut parfois traverser un couloir commun.

Bienheureux ceux dont la pièce unique ou principale comprend une cheminée, les pièces dites « à feu » sont loin d’être la règle dans les immeubles anciens comme ce sera le cas dans les immeubles pré-Haussmannien ou Haussmanien du XIXème siècle et quand il y en a une, les conduits de cheminée anciens sont loin d’être toujours de diamètre optimum. Donc il est souvent difficile de se chauffer et on consomme beaucoup de bois.

Courant XIXème, la cheminée se voit de plus en plus colonisée par un poêle dont le conduit d’évacuation est introduit dans le conduit de cheminée. Grâce à l’essor de la sidérurgie, les métaux deviennent abondants et moins chers et on construit des poêles de plus en plus performants, et aussi de moins en moins chers, qui peuvent aussi brûler du charbon, le nouvel arrivé du XIXème qui produit autant d’énergie que le bois sous un volume 6 fois moindre..

 

Pour ceux qui sont dans un logement sans cheminée, et bien pas de chauffage et guère de cuisine, au mieux un brasero qu’on utilise la fenêtre ouverte. Il n’est pas étonnant que le XIXème siècle parisien ait vu se multiplier les gargotes et bouillons, ancêtres des fast-food, où on peut manger pour 5 à 50 centimes des soupes dont l’épaisseur, le contenu et la qualité varie selon le prix, mais qui réchauffent et calment la faim.

 

 

LE DOMICILE DE GERARD ET ELISABETH

 

Lorsque l’enquêteur Ernest Avalle se présente chez eux en avril 1858, Gérard, Elisabeth et leurs enfants habitent 2 rue des Cordiers à Paris 11ème (actuel 5ème arrdt) mais ce n’est pas la peine de chercher la rue sur un plan actuel, elle a été rasée dans les grands travaux de la fin du XIXème siècle. C’était approximativement une parallèle de l’actuelle rue Cujas.

On remarque que la fontaine de la place Saint Michel ne correspond absolument pas à la place Saint Michel contemporaine qui se trouve désormais à l’extrémité nord du boulevard St Michel, face à la Seine.

En fait, mi XIXème siècle (et avant), la place St Michel, c’est ce dont les travaux d’Haussmann feront l’actuelle place Edmond Rostand.

Et ce qui est aujourd’hui le boulevard Saint Michel correspond au sud à l’ancienne rue d’Enfer, élargie, au centre à un fragment disparu de la rue de la Harpe, et au nord, à un percement pur et simple dans un magma de vieilles rues. Pour en savoir plus :  https://photostereo.org/photos/coll/marques/coll_planparis1839.pdf

 

On peut noter qu’Ernest Avalle habite tout près, au 10 rue des Postes (actuelle rue Lhomond).

Base : https://photostereo.org/photos/coll/marques/coll_planparis1839.pdf

Base : https://photostereo.org/photos/coll/marques/coll_planparis1839.pdf

Les comparaisons s’arrêtent là.

Les plans de parcellaires montrent pour le 10 rue des Postes, ce qui pourrait être un ensemble immobilier aéré comprenant un petit immeuble en façade puisqu’on distingue une volée d’escaliers, avec des bâtiments, sans doute des logements ouverts sur une cour assez spacieuse ou un jardin. D’ailleurs au sein de la SIEPES, Ernest Avalle est répertorié comme propriétaire.

 

Dans l’annuaire Bottin-Didot de 1858, qui ne répertorie que les gens qui ont souhaité l’être, pas de trace d’Ernest Avalle, décidément discret…

Mais ont souhaité faire savoir qu’ils habitaient là : M. Bazille-Frégeac, commissaire de Police, M. Beugniez, secrétaire-trésorier du bureau de bienfaisance du 9ème ardt et membre d’un institut ?, M. Taunay, bibliothécaire à la Bibliothèque Ste Geneviève. On a aussi un épicier, M. Sciaux et M. Schweitzer, serrurier, un autre propriétaire, M. Graux.

L’examen des autres « répertoriés » de la rue révèle une série d’institutions religieuses et d’établissements d’enseignement, ce qui n’est pas surprenant, vu les parcs, mais on trouve aussi deux jardiniers-fleuristes, deux marchands de vin, une fabrique de bonneterie de laine, et un poêlier-fumiste…

Source : http://archives.paris.fr/r/138/plans-parcellaires/

Source : http://archives.paris.fr/r/138/plans-parcellaires/

Et voici le 2 rue des Cordiers, tout près de l’angle avec la rue St Jacques… Si on excepte la Sorbonne, la « pâté » d’immeubles est moins glamour.

Source : http://archives.paris.fr/r/138/plans-parcellaires/

Source : http://archives.paris.fr/r/138/plans-parcellaires/

Gérard, Elisabeth et leurs enfants vivent au 5ème étage de leur immeuble, mais si ce n’est le rez-de-chaussée occupé par un marchand de vin, un commerce, situation ordinaire, il est spécifié que l’ensemble des 5 étages est loué à des familles ouvrières, ce qui rejoint mon propos précédent sur la ségrégation horizontale de l’habitat parisien bien avant Haussmann.

La rue des Cordiers et un grand nombre des rues qui l’entourent, vu leur étroitesse comme les parcellaires saturés des plans cadastraux d’époque, évoquent un habitat populaire, si l’on excepte peut-être quelques chambres louées à des étudiants modestes car la Sorbonne est tout près.

D’ailleurs dans le Bottin de 1858, on trouve au 8 rue des Cordiers, Mme Authie qui tient une maison meublée, et un petit hôtel est tenu par M. Martin au 13.

Comme les gens modestes ont également besoin de soins même si c’est cher et non remboursé, comme dans tous les quartiers, il y a un médecin, M. Gauneau au 11, et une sage-femme, Mme Gladung au 13. Pour le reste, un épicier, un herboriste, un fabricant de sabots galoches, un autre marchant de vins, celui du 2 n’étant pas répertorié, et tiens marrant, un M. Huyard au 12, qui est brocheur… Késako ? Quelqu’un qui reliait artisanalement des pages imprimés pour en faire des livres, avant que des machines ne prennent le relais. Normal, le XIème ardt (ancien) qui jouxte le XIIème à l’ouest, est le grand quartier des imprimeries et ce ne sera sans doute pas anodin pour le destin de deux des garçons du couple.

 

La famille occupe 2 pièces pour un total de 18m2.

La première pièce de 12m2 avec une hauteur de plafond normale de 2m15 est éclairée par une fenêtre à croisée qui donne sur la rue, avec une très heureuse exposition plein sud ce qui devait donner une bonne luminosité et peu d’humidité, d’autant qu’étant en hauteur, le logement devait être correctement aéré. Cette pièce est ce qu’on appelle une pièce à feu puisqu’elle possède une cheminée. Les deux époux y ont leur chambre, le berceau de leur petit dernier et on y cuisine, mange et vit.

La seconde pièce fait 6m2 et est aveugle ce qui est commun pour les pièces arrières des anciens bâtiments parisiens. Elle est éclairée par une porte vitrée donnant sur la première pièce ce qui est également ordinaire à l’époque. C’est à la fois le débarras de la maison et la chambre des deux ainés.

 

Le loyer annuel est de 180 fr. Il est payable par trimestre, soit 45 fr à terme, comme c’est l’usage à l’époque. Le propriétaire ajoute 2 fr par locataire pour les frais de balayage.

Il s’agit d’un loyer qui parait dans la moyenne basse pour ce genre de logement à Paris à l’époque qui nous concerne. En effet bien qu’il soit au 5ème étage, il est haut de plafond, bien orienté, et surtout bien éclairé avec une vraie fenêtre.

On comprend que la famille s’inquiète des travaux en cours dans le quartier et de la sombre perspective de devoir quitter le logement dans les années à venir pour cause de destruction de l’immeuble.

 

A suivre : Le logis de la famille de Gérard et Elisabeth et le métier de porteur d’eau ainsi que les activités rémunératrices annexes des uns et des autres…

Bibliographie générale :

 

Christine Piette et Barrie Ratcliffe : « Les migrants et la ville, un nouveau regard sur le Paris de la première moitié du XIXème » Annales de démographie historique (1993) siècle https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1993_num_1993_1_1844

 

Dominique Larroque, Gérard Gigaudon : Industrialisation et équipements urbains à Paris 1830-1914 https://www.persee.fr/doc/aru_0180-930x_1980_num_8_1_998

 

J. P. Williot : Naissance d’un réseau gazier à Paris au XIXème siècle : https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1989_num_8_4_2374 Revue d’histoire économique et sociale (1989)

 

Marine Béguin : « L’histoire des ordures de la préhistoire au XIXème siècle » https://journals.openedition.org/vertigo/14419#tocto1n7

 

Thomas Le Roux : « la Bièvre, une rivière industrielle avant l’industrialisation » : https://journals.openedition.org/geocarrefour/7952

 

René Le Mée « Le choléra et la question des logements insalubres à Paris (1832-1849) » Revue Population Vol 53, 1998

 

Statistique de l’Industrie à Paris (12 arrondissements) résultant de l’enquête de 1847-48 par la Chambre de Commerce et d’Industrie, Ministère de l’économie 1851, vol 1 et 2 (Gallica BNF)

 

Statistique de l’Industrie à Paris (20 arrondissements) résultant de l’enquête de 1860 par la Chambre de Commerce et d’Industrie, Ministère de l’économie 1864 (Gallica BNF)

 

Sous la direction du Baron Haussmann « Recherches statistiques sur la ville de Paris et le département de la Seine, recueil de tableaux dressés et réunis » Imprimerie administrative Paul Dupont 1860 (Gallica BNF)

 

Alfred Martin « Etudes historiques et statistiques sur les moyens de transport dans Paris » Publication du Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts 1898 (Gallica BNF)

 

Bernard Marchand « Paris, histoire d’une ville XIXème-XXème siècle » Editions du Seuil 1993

 

Sabine Barles « La ville délétère, Médecins et ingénieurs dans l’espace urbain, XVIIIème-XIXème siècle » Collection Champs Vallon 1999

 

Stephen Halliday : The great stink of London » (La grande puanteur de Londres) The History Press 1999

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