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Hbsc Xris Blog - A la poursuite du réel, historique et scientifique, parce que 1984, nous y sommes presque.

Archéologie, Histoire de l'agriculture, de l'élevage, de l'alimentation, des paysages, de la nature. Sols, faunes et flores. Les sciences de la nature contre les pseudos-sciences, contre l'ignorance, contre les croyances, contre les prêcheurs de l’apocalypse.

Le glyphosate, une irrationnelle hystérie collective...

Un livre enquête, à lire absolument pour comprendre

Un livre enquête, à lire absolument pour comprendre

Après une jeunesse et toute une vie en France, en retraite, j’ai choisi de partir vivre à l’autre bout du monde dans un pays tropical, près de la mer. 

J’ai une très modeste exploitation agricole et je vends un peu même si je n’en ai pas besoin pour vivre, j’ai une pension assez confortable d’une autre vie professionnelle qui fut bien réussie.

Je produits mes légumes et mes fruits, presque en intégralité, ce qui me manque provenant du troc. Je mange mes oeufs et mes volailles, je bois du lait des vaches d’un voisin, retraité lui aussi qui les élève au pré et au foin, et j’en fait mes yaourts et quelques fromages. J’ai ma viande de chevreau. Je chasse un peu, je pêche. 

Il me reste tout de même des choses à acheter en magasin, du son pour mes volailles, seul complément de leur vaste libre parcours, et puis des choses dont on pourrait peut-être se passer mais dont on n’a pas envie de se passer : café, chocolat, farine, riz, vin, bière, des fromages que je n’ai pas les moyens de fabriquer, etc…

Mes fruits et légumes sont cultivés avec le fumier de mon élevage et effectivement les traitements phytosanitaires y sont plus rares qu’en agriculture intensive. 

Je peux me permettre le luxe de rendements parfois entamés et même pire, d’une récolte détruite par une maladie ou un ravageur, j’ai la chance de ne pas vivre de ce que je produis, en priorité, c’est auto consommé. 

Je ne traite que lorsque c’est vraiment nécessaire et en principe lorsque je cultive quelque chose sur une superficie suffisamment grande pour valoir l’achat d’un produit phytosanitaire. En outre, s’équiper pour traiter, comme nettoyer le matériel après utilisation, est sacrément galèrant et prend beaucoup de temps, alors pour des surfaces petites ou moyennes, on y regarde à deux fois.

Par ailleurs, comme herbicide, j’utilise du glyphosate auquel j’ai la chance d’avoir encore droit vu mon statut d’agricultrice. Cela ne durera peut-être pas, et si ce produit est interdit, je renoncerais sans doute alors complètement au petit côté commercial de mon exploitation pour me contenter d’auto-consommation.

 

La zone tropicale où je vis est marquée par une forte saison sèche. 

Outre de l’élevage, je fais des cultures fruitières et légumières sur billons. Les billons ne sont pas là par mode, mais par nécessité. Les sols, là où je vis, sont de faible épaisseur, sur substrat très argileux ou schisteux. Il faut donc « monter » des sols pour pouvoir offrir suffisamment d’espace vital aux racines des plantes et les préserver d’un excès d’humidité lors de la saison des pluies. 

Ces billons étant naturellement fragiles et positionnés en « paliers » pour favoriser la bonne assimilation des pluies, ils sont difficilement travaillables mécaniquement une fois construits. Donc pour désherber, pas de machine… Désherber à la binette sur des sols lourds est un travail harassant que je ne fais que ponctuellement. 

Un épais paillage protège les billons à longueur d’année, ramassé et posé à la main après gyrobroyage des refus de mes ruminants par économie. Il s’y dégrade progressivement, apportant des matières organiques mais imposant un apport azoté, car la dégradation du paillis consomme de l’azote. Bien sûr le paillage ne protège que partiellement de la croissance des mauvaises herbes et notamment des pénibles graminées à stolons qui croissent depuis les bordures des billons. Or un herbage qu’on laisse venir sur les billons d’un verger consomme environ 10% des ressources en nutriments et jusqu’à 25% des ressources en eau dans une zone sèche.

Un épais paillage renouvelé 2 à 3 fois dans l’année, une couche enfouissant l’autre, permet d’économiser l’eau d’irrigation, si précieuse. Lorsqu’on a des billons paillés le désherbage thermique au brûleur à gaz est bien sûr également impossible, tout brûlerait. Les désherbages thermiques à l’eau chaude ou à la vapeur d’eau ont quant à eux un coût complètement prohibitif par les investissements en équipements et l’énergie requise, c’est un désherbage de « très riches ». Et en zone tropicale sèche, l’eau est quelque chose de précieux qu’on ne peut se permettre de gaspiller avec la légèreté d’un bobo parisien.

 

Les campagnes de presse anti-glyphosate dans de nombreux pays seront peut-être étudiées dans le futur (10 ans ? 20 ans ? 50 ans ?) par les historiens, sociologues, psychologues comme un modèle d’hystérie collective complètement fascinant et les interdictions d’utilisation du glyphosate comme un cas d’école parmi les décisions les plus hallucinantes qu’aient pu prendre des dirigeants politiques. 

Je dis peut-être, car dans les processus d’autodestruction en cours, je ne sais pas ce qu’il restera de la civilisation dans 50 ans. L’Asie, sans doute ?

 

Comment le N Glycine, un acide organique faible de la famille des aminophosphonates, qui agissant dans le chloroplaste des plantes (les cellules animales n’ont pas de chloroplaste), en bloquant la synthèse de 3 acides aminés : la phénylalanine, la tyrosine, et la tryptophane et ne pouvant donc pas avoir d’effets sur le monde animal qui ne connait pas cette voie de biosynthèse, a-t-il pu en arriver à être mis en cause ainsi ?

Soyons honnête certains agents mouillants, adjuvant du glyphosate dans les formules commerciales, ont pu avoir une légère toxicité, mais on est globalement aujourd’hui sur une nouvelle gamme d’agents mouillants, notamment des bio activeurs biologiques comme des extraits de colza. 

 

Le glyphosate a également l’avantage de se dégrader très rapidement dans le sol (120 jours maximum) sans laisser de résidus toxiques ce qui n’était pas le cas de très nombreux herbicides copieusement utilisés dans le passé (dont le sulfate de cuivre à haute dose, herbicide des fins XIXème et début XXème) et ce qui n’est pas non plus le cas de certains herbicides toujours autorisés dont personne ne parle, probablement parce qu’ils n’ont pas été créés par Monsanto.

Et oui, beaucoup de gens peu férus d’histoire et ignorants du système juridique US ignorent que si le glyphosate fait la une des journaux, c’est pour 2 raisons :

-La première, c’est parce qu’il a été créé par Monsanto et a été longtemps son produit phare. Or Monsanto est la névrose obsessionnelle de la gauche US, et de la gauche internationale, depuis la guerre du Viet-Nam, Monsanto ayant fourni à l’époque des agents défoliants à l’armée US, jugés comme les vilains de l’histoire face aux gentils communistes. On connait les années sombres qui suivirent les victoires communistes mais certaines névroses obsessionnelles sont incurables.

-La deuxième tient au système judiciaire US. 

Sans entrer dans sa complexité : droit fondé sur la jurisprudence, organisation judiciaire décentralisée et système accusatoire dans lequel les parties et non le juge, choisissent « leurs propres experts », le système est gravement marqué par les cabinets « d’avocats prédateurs ». 

De grandes firmes de juristes traquent les motifs de procès qui pourraient être portés contre des multinationales par des particuliers et en évaluent la faisabilité. Elles proposent ensuite leurs services à ces particuliers, souvent désargentés en leur faisant signer un contrat par lequel les grandes firmes de ses « avocats prédateurs » se paient sur un pourcentage très élevé des dommages accordés à la supposée victime. 

Donc la supposée victime ne paie rien, tout le risque est pris en charge par le grand cabinet d’avocats, qui déploiera tous les moyens honnêtes ou malhonnêtes pour décrocher le « pactole » espéré. Pire, le décrochement d’un pactole permet ensuite à la firme qui a gagné, de recruter d’autres « victimes » pour s’engager dans d’autres procès similaires en espérant les mêmes retombées. Le système est parfois comparé à un système de Ponzi.

On notera d’ailleurs que c’est un scientifique nommé Christopher J. Portier, collaborateur du CIRC, qui a fait classer le glyphosate comme substance « probablement cancérogène » à l'encontre des avis de toutes les agences sanitaires de la planète. Or, ce personnage avait auparavant travaillé pour une organisation US anti-pesticides et a ensuite intégré comme « consultant » deux cabinets d’avocats US dont l’un préparait un procès contre Montsanto

 https://www.lopinion.fr/edition/autres/glyphosate-etranges-zones-d-ombre-centre-international-recherche-137417

 

Le glyphosate a permis la mise en place depuis 20 ans d’une agriculture protectrice des sols qui était appelée de ses voeux par le monde écologiste.

Sans entrer dans le détail, disons que de 6 passages d’engins agricoles avec déchaumage et labours, donc défonçage du sol en profondeur, on est passé à 2 passages sans labour, un pour traitement au glyphosate pour désherbage préalable et un pour semis.

 

 

Les détracteurs très primaires du glyphosate rétorquent que les agriculteurs n’ont qu’à le boire. 

Effectivement, ingéré à forte dose, il est absolument toxique…

Pour comprendre, tous les produits qu’ils soient alimentaires ou non, passent à des batteries de tests. 

Un de ces tests est le LD 50. 

Ce test opérés sur des modèles animaux, sert à déterminer la dose toxique pour tuer 50% au moins des sujets testés. Sur les rats, le LD 50 du glyphosate est de 5 gr par kg. Reporté à un humain de 60 kg, il faut donc qu’il en ingère 300 gr. A titre de comparaison, la caféine a un LD de 0,2 gr par kg. A dose raisonnable, le café est sans aucun doute une boisson sans danger, à haute dose, sa toxicité est largement connue par une abondante littérature médicale.

Sur le fond, boire du glyphosate, quelle drôle d’idée !

Les détracteurs primitifs du glyphosate, qui se servent sans doute d’eau de javel régulièrement, ou à défaut au moins de liquide vaisselle ou de produits à douche, et qui utilisent de l’essence ou du gasoil pour faire fonctionner leur voiture, boivent-ils ces produits ? Bien sûr que non… 

Et ont-ils simplement essayé de boire 1 litre de vinaigre pur, ce merveilleux produit naturel devenu un désherbant à la mode chez les bobos qui ont juste quelques herbes folles à éliminer de leurs superbes terrasses dallées.

On notera aussi au passage que les sites bobos vantent l’usage du gros sel comme désherbant, après avoir obtenu dans les années 2000 l’interdiction du puissant désherbant qu’était le chlorate de soude, au motif qu’il laissait un résidu qui polluait gravement. Ce résidu laissé par le chlorate de soude, c’est du chlorure de sodium, du sel quoi…

 

Puisqu’on est dans boire du glyphosate, revenons en 2014.

Deux scientifiques Sri Lankais, qui sont connus pour des travaux de qualité, Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana, étudiaient une insuffisance rénale chronique grave dont souffrent principalement les diabétiques de type 2 dont le nombre a malheureusement explosé depuis 50 ans partout dans le monde en raison de consommations trop élevées de glucides. On notera que les diabétiques 2 du passé étaient déjà connus pour souffrir entre autres de problèmes rénaux, cela n’a donc rien de nouveau. Les insuffisances rénales chroniques graves peuvent également affecter des gens âgés, ou souffrant d’hypertension ou consommant certaines eaux chargées en certains métaux. 

Cette insuffisance rénale, « chronic disease kidneys » était relevée avec une fréquence anormalement élevée chez des paysans Sri-Lankais mais également chez des paysans d’Inde, d’Amérique Centrale et d’Egypte.

Ils émirent alors  l’hypothèse qu’il y avait une réaction chimique entre les eaux très chargées en métaux lourds de ces régions spécifiques et le glyphosate, aggravant le problème déjà sous jacent de ces eaux et ils supposèrent que cette réaction aboutissait à un produit de nature à déterminer, qui se retrouvait dans les nappes souterraines alimentant les puits des paysans. 

Leur hypothèse méritait vérification et les deux scientifiques restaient très prudents.

En dépit de cette prudence, ce qui n’était qu’une hypothèse a eu aussitôt un immense succès et la presse du monde entier s’en est emparée présentant comme une certitude scientifique ce qui n’était qu’une hypothèse. 

5 ans après, tous les essais laboratoires n’ont pas permis de confirmer l’hypothèse, bien au contraire, elle ne parait plus crédible. 

Soyons néanmoins réalistes, il y a forcément quelque chose qui provoque dans ces régions ces épidémies d’insuffisance rénale totalement anormales. L’eau consommée est sans doute en cause, car il semblerait que dès qu’on fournit à ses paysans une eau provenant d’un réseau d’eau potable dument contrôlé, le nombre de malades cesse d’augmenter. Mais il serait peut-être urgent de regarder dans d’autres directions que le glyphosate si on veut véritablement venir à bout de la maladie.

 

Ah bien sûr, les hypocondriaques du glyphosate sont tellement persuadés qu’ils en ingèrent à longueur de journée, qu’ils poussent leur obsession jusqu’à aller pisser dans un bocal pour faire analyser leur urine. On peut commencer par faire remarquer qu’un produit que l’on pisse, c’est qu’on l’élimine et c’est une bonne nouvelle. 

Ce n’est pas le cas de tous les produits de traitements de l’agriculture, par exemple du très cher cuivre des paysans bio qui en pulvérisent pour un oui ou pour un non sous forme de sulfate de cuivre. 

Là où la démarche des écologistes qui invitent quidam et starlettes à « pisser » aux fins de recherches du glyphosate devient pour le moins étrange, c’est qu’ils ne jurent que par un seul et unique laboratoire en Europe, le laboratoire BioCheck allemand de Leipzig, fondé par une vétérinaire de formation, militante écologiste, aujourd’hui retraitée. Spécialisé dans les domaines vétérinaires et environnementaux, ce laboratoire, qui a 80 euros le test doit être en train d’engranger une petite fortune (merci les escrolos), utilise un test nommé Elisa dont la fiabilité est discutée pour l’urine et encore plus après un transport de celle-ci par voie postale dans des conditions non contrôlées et aberrantes. 

Ce qui est extrêmement curieux, c’est qu’il est le seul laboratoire d’Europe à annoncer des tests positifs à 100%. 

D’autres tests ont été faits dans d’autres laboratoires en France et en Europe et partout les résultats y ont oscillé entre 0% et 44% de positifs, taux maximal. Si les journalistes étaient tous dotés d’un cerveau et animés d’un souci d’objectivité, qu’un seul laboratoire d’Europe ait des tests positifs à 100% devrait les amener à émettre des doutes et à enquêter…. 

Et bien non, les rares journalistes, comme la courageuse Emmanuelle Ducros, qui osent faire remarquer que c’est quand même un peu bizarre, se font littéralement laminer. Sans compter un scrutage de leurs moindres faits et gestes, avec des méthodes dignes du KGB, histoire de savoir si à un moment ou un autre, ils n’auraient pas accepté un sandwich gratuit dans un stand Monsanto à une foire agricole de province, de sorte à pouvoir prouver leur corruption.

 

Bon, pour conclure, j’ai peut-être une idée pour continuer à faire vivre ma très modeste exploitation agricole si le glyphosate est interdit.

Il parait que dans les fermes bio un peu partout de part le monde, il y a un truc qui fait fureur : le whoofing. 

De jeunes bobos, pleins d’illusions, partent à l’aventure avec juste leur billet d’avion ou de train et un engagement de whoofing. Pour 6 heures par jour, souvent bien plus, d’un travail vu comme ressourçant et au contact de la nature, ils sont hébergés et nourris gratuitement, 15 jours, 1 mois…. 

Arrivés sur place, ils se retrouvent le plus souvent à travailler du matin au soir, et bien sûr pour rien puisque c’est le « deal » ! désherbant, piochant, hébergés dans des conditions spartiates et mangeant ce qu’on veut bien leur servir. 

Et guère d’échappatoire quand parfois ils débarquent au milieu de nulle part.

Si on me supprime le glyphosate, je pense à m’inscrire sur les réseaux de whoofing pour avoir des esclaves gratuits pour mon désherbage. C’est une option pour continuer à pouvoir faire vivre ma petite ferme.

Et chez moi, c’est justement au milieu de nulle part. Le village est à 20 mn de piste en 4X4…

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